Un discours raciste?

Ce sujet fait suite aux discussions initiées ici: “Dette : 5000 ans d’histoire”. Que pensez-vous de ce livre? au sujet de la vidéo présentant un discours du rabbin Yaron Reuven, vidéo publiée et traduite sur le site E&R.

Sans vouloir mettre en cause la sincérité de ta position, je pense @jeronimo.sanchez, que tu n’as pas écouté cette vidéo avec assez d’attention. A de nombreuses reprises, Yaron Reuven va en effet bien au delà de la dénonciation d’abus de certains financiers et reprend à son compte nombre de préjugés racistes.

Du coup, pour pouvoir argumenter, j’ai finalement visionné la totalité de la vidéo :face_with_raised_eyebrow:, dont je vais retranscrire une bonne partie du contenu dans la suite de ce post. Mais avant, je propose qu’on se mette d’accord sur le mot racisme, dont je propose la définition suivante:

« Le racisme consiste à considérer les différences entre individus qu’elles soient physiques ou culturelles comme héréditaires, immuables et “naturelles” ; il établit une hiérarchie entre des catégories d’êtres humains. Il peut se traduire par des sentiments, par des actes allant de la discrimination jusqu’à l’extermination de l’autre. »
https://theconversation.com/vous-avez-dit-racisme-74998

Cette définition s’appuie ainsi sur trois notions-clés :

  • la catégorisation: La catégorisation est une opération mentale qui permet de réduire la complexité du monde et tend à classer les individus en fonction de leur apparence, leur religion, leur origine géographique…
  • la hiérarchisation : dans l’histoire, catégorisation et hiérarchisation sont allées souvent de pair.
  • l’essentialisation: On parle d’essentialisation lorsque l’identité d’un individu se voit réduite à des particularités morales, des aptitudes intellectuelles ou des caractères psychologiques supposés immuables et transmis de génération en génération au sein d’un groupe humain.

Bon, maintenant je vais retranscrire des extraits du discours de Yaron Reuven (en italique, les citations littérales), pour isoler les passages qui posent problème et justifier en quoi ils sont racistes.

Il décrit d’abord les deux 1ere lois promulguées par Hitler 1933 et qui selon lui, auraient créé le plus grand miracle financier de toute l’histoire:

  1. Interdiction des établissement dits pornographiques.
    Tous les bars, clubs, etc. étaient au main des juifs

Information douteuse (pas d’études statistiques à l’appui) et tendancieuse (stigmatiser un groupe en lui faisant porter la responsabilité de la « dépravation des moeurs »)
Je passe sur les propos homophobes du rabbin… (les homosexuels assimilés à Sodome et Gomorrhe)

  1. Interdiction de prélever des intérêts sur les prêts.
    Tous ceux qui avaient de l’argent à prêter étaient juifs.

Information douteuse (pas d’études statistiques à l’appui)
Information tendancieuse : sous entend que les juifs étaient les seuls à détenir de grosses sommes d’argent.

Les juifs imposaient des taux élevés, ce qui a détruit l’économie allemande.
Comme ils ont détruit la Russie avec le communisme

Information biaisée car mono-causale. Non prise en compte de la multiplicité des facteurs explicatifs de la Grande dépression et de la révolution russe.
Information tendancieuse : sous entend la malfaisance comme un caractère psychologique propre à un groupe humain.

Comme Hitler l’a écrit dans le chap2 de Mein Kampf (2,02 mn) : … (extrait du livre).
Il avait raison, c’est juste l’histoire vraie. Il a vu que les juifs contrôlaient le système financier.

Information douteuse (pas d’études statistiques à l’appui)
La référence pour appuyer son affirmation: Mein Kampf! Pas précisement une étude historique objective…

C‘est pour cela qu’il ( Hitler) détestait les juifs. Parce qu’ils avaient détruit l’économie. A cause de leur cupidité

Information tendancieuse : sous entend la cupidité comme un caractère psychologique propre à un groupe humain.

Vous savez quoi, ça recommence.
Le nouveau Edom, c’est l’Amérique. 6 millions de juifs vivent là bas , dans le confort, certains dans le gouvernement, à la tête des grandes entreprises. La même chose que ce qui s’était passé en Allemagne.
Vous savez quoi ? Nous en voulons toujours plus. Nous péchons. Nous devenons mauvais.

Sous entend la cupidité et la malfaisance comme des caractères psychologiques supposés immuables et transmis de génération en génération au sein d’un groupe humain.
Mythe du juif surpuissant qui contrôle tout (cf escroquerie des protocoles de Sion)

La majorité des types dans ce business sont des criminels, des voleurs, des psychopathes, des mafieux,… et majoritairement des juifs orthodoxes

Information douteuse (pas d’études statistiques à l’appui) et tendancieuse (assimile les juifs orthodoxes aux criminels, etc…).

Pour conclure, au delà de la citation d’extraits, le racisme est au cœur même de l’argumentation de Yaron Reuven. En effet, à aucun moment il ne s’attache à expliquer les mécanismes économiques et financiers. Les taux d’usure ne sont qu’un prétexte pour tenter de montrer que les juifs ont été spontanément malfaisants et cupides au cours de l’histoire, qu’ils continuent à l’être et que cela provoquera leur perte s’ils ne se réforment pas.

Il serait d’ailleurs particulièrement intéressant de retracer l’histoire des idées pour comprendre comment s’est construit tout un roman historique, une véritable mythologie autour de la place (fantasmée) du juif dans la modernité. Peut être un prochain sujet?

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D’abord, merci d’avoir pris la peine de visionner l’intégralité du prêche du rabbin Yaron Reuven, et de l’avoir retranscrit presque intégralement. Je m’apprêtais à le faire car je trouvais dommage que tu t’arrêtes aux trois premières minutes.

Je ne l’avais visionné qu’une fois et donné mes impressions à chaud en saluant :

  • sa connaissance de l’histoire, de l’Allemagne en particulier, et de la période des années 1930 encore plus particulièrement (parce que, à titre personnel, j’ignorais que les toutes premières lois promulguées par Adolf Hitler avaient été l’interdiction de la pornographie et du prêt à intérêt).
  • sa connaissance de la religion juive (il est devenu rabbin) avec toutes les citations du texte sacré
  • et sa connaissance de la finance (il a travaillé pendant 16 ans, dit-il, dans un fonds spéculatif à Wall Street et gagnait très, très bien sa vie).

Comme tes impressions étaient très négatives, pour en avoir le cœur net, j’ai regardé une deuxième fois le prêche, hier.

Son prêche, effectué dans une synagogue probablement aux États-Unis à l’attention de Juifs pratiquants, a pour thème la dénonciation d’abus financiers du passé (références à l’Allemagne des années 1920-1930) et se veut un avertissement bienveillant « Si vous aimez les Juifs » (en s’incluant forcément dedans). Je n’y ai pas vu personnellement de préjugés racistes. Au contraire : il prévient ses semblables pour les protéger de représailles qu’il pressent comme fortement probables.

D’accord avec trois étapes :

  1. catégoriser (comme les biologistes le font avec n’importe quelle espèce vivante),

  2. hiérarchiser (on sort du cadre objectif pour associer une catégorie/race à des valeurs subjectives) ,

  3. au lieu de « essentialisation », j’irai plus loin en disant que la « hiérarchisation » permet de justifier des actes violents (exemple : La controverse de Valladolid ; en résumé : "les Amérindiens n’ont pas d’âme donc on peut les traiter comme des animaux, etc.)

A plusieurs moments, tu commentes ses déclarations de la façon suivante :

Comme toute information à caractère historique, elle mérite d’être vérifiée par plusieurs sources. Mais son discours n’a pas vocation à être une conférence d’historien. C’est un prêche. Il donne des éléments d’informations que chacun peut (doit !) aller vérifier. Mais il a le mérite de donner des pistes.

Je vais chercher mais pense que les deux lois qu’il donne (interdiction de la pornographie et interdiction du prêt à intérêt) sont exactes.
Je ne suis pas surpris car cela fait écho dans mon esprit à des lectures antérieures :

  • sur la maltraitance (le massacre !) infligée aux homosexuels par le régime nazi (ils furent parmi les premiers à être arrêtés et envoyés dans des camps, avec les communistes et les anarchistes)
  • sur Hjalmar Schacht célèbre pour ses mesures financières radicales et d’une très grande efficacité (Il est aussi l’un des fondateurs de la BRI en 1930)
  • au fait aussi que la première loi promulguée par les Révolutionnaires français en 1789 fut l’autorisation du prêt à intérêt (pour souligner l’importance fondamentale pour un nouveau régime de contrôler la monnaie).

C’est là, je pense, où nous n’avons pas la même interprétation. A chaque fois qu’il parle des pornographes, des usuriers, des spéculateurs d’aujourd’hui, il déplore qu’ils soient juifs. Il dit « hélas ». Il fait même un mea culpa en disant qu’il a été lui aussi un spéculateur pendant 16 ans. Mais il n’englobe pas tous les Juifs de la Terre en disant cela, il n’essentialise pas. Il appelle les financiers d’aujourd’hui à lire la Torah, à comprendre que l’usure, c’est mal (du point de vue moral judaïque) et que la cupidité à court terme risque de se retourner contre les usuriers/spéculateurs. Il prévient ses semblables pour les protéger de leurs excès et des représailles qui risquent de survenir.

Après, quelques détails

Toutes les religions du Livre condamnent l’homosexualité. Rien d’incohérent/surprenant dans le prêche d’un rabbin. Et dans l’Ancien Testament, c’est associé à la ville de Sodome. Ne dit-on pas « sodomite » comme synonyme d’homosexuel ? Tout comme on dit « lesbienne » comme synonyme d’homosexuelle parce que Sappho, la grande poétesse qui vantait les amours féminines vivait sur l’île de Lesbos.

Autre chose :

Il ne dit pas que les Juifs allemands étaient les seuls à détenir de grosses sommes. Tant mieux pour eux, au contraire. Il dit que c’étaient eux (majoritairement ? exclusivement ? Il ne précise pas me semble-t-il mais peu importe puisqu’il s’adresse à un public juif) qui faisaient des prêts à intérêt et avec des taux excessifs, usuriers.

C’est historique/écrit dans les textes sacrés que le prêt à intérêt est un acte autorisé par la religion juive (vis-à-vis des non-Juifs ou des Juifs ne respectant pas la religion). Cette façon de gagner de l’argent était interdite par les religions catholique et musulmane. Ce qui ne veut pas dire que de riches catholiques (des seigneurs de l’aristocratie très catholique, par exemple), sous l’Ancien régime, n’avaient pas « leurs Juifs » (je cite David Graeber dans « Dette - 5000 ans d’histoire ») pour faire le sale boulot sans ternir leur réputation … et risquer des sanctions de la part de l’Église catholique.

Je suis d’accord avec toi sur le passage correspondant à la 2ème et 3ème minute de la vidéo. C’est grossièrement simplificateur de dire :

  • que l’usure pratiquée par ses coreligionnaires a détruit l’économie allemande
  • et que l’Empire russe a été détruit par les Juifs.

L’Allemagne a été très affaiblie par le Traité de Versailles de 1919 ; il n’en parle pas. Mais ensuite, les prêts à intérêts devaient être proportionnels au risque de non-remboursement, c’est-à-dire aux difficultés rencontrées par les Allemands. Heureusement, il cite une autre cause que l’usure : vers 2mn55, Yaron Reuven dit que, quand la Grande Dépression (1929) est arrivée, l’Allemagne, plus que les autres pays, a été gravement touchée. C’est logique que l’usure y ait contribué. Mais sans être la cause première, j’en conviens, cela a dû être un facteur aggravant.

Pour justifier son affirmation « la Russie a été détruite par les Juifs », il ne cite que le lignage de Karl Marx, l’idéologue du communisme. C’est un peu court comme démonstration. Mais encore une fois, venant d’un rabbin, je ne peux pas considérer cette affirmation comme antijudaïste et je vais chercher pourquoi il s’est permis de dire ça. Je sais que Léon Trotski, de son vrai nom Lev Davidovitch Bronstein, était juif. Sur quatre icônes du communisme, Marx-Lénine-Trotski-Staline, que deux soient juives, je ne sais pas si c’est suffisant pour parler de sur-représentation juive (au regard de leur pourcentage numéraire dans la population totale) dans ce mouvement révolutionnaire. Il faudrait creuser statistiquement parmi les Bolcheviks. Je crois que Pierre Hillard évoque ça dans l’une des dernières vidéos que j’ai visionnée … Il faudra que je vérifie mais je pense que c’est là-dedans :

https://www.youtube.com/watch?v=2NruOe5_eTc

En conclusion, de mon point de vue, ce prêche moraliste n’est pas un discours « raciste » anti-Juif mais au contraire un discours pour sauver ses coreligionnaires du « péché » et des représailles qui risquent de s’en suivre de la part des non-Juifs. Je le perçois comme bienveillant. Mais je veux bien admettre que c’est subjectif. :wink:

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Bien vu @domie pour avoir créé ce nouveau sujet (ou fil de discussion) afin de développer et d’échanger ici sur ton point de vue relatif au discours de Yaron Reuven, tout en ne détournant pas le sujet principal à propos de l’ouvrage de David Graeber.

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Pour sourire des excès de l’anti-racisme, je vous présente ce petit détournement de Mozinor : la « Confédération des Associations Contre l’Apartheid »

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Quand on fait partie des dominants, il est rassurant de décrédibiliser les luttes de ceux qui remettent nos privilèges en question.

Tu as choisit de ridiculiser les luttes anti-racistes, Castex fait le choix de la décrédibilisation par la diabolisation. Mais ridiculiser ou diaboliser ne sont que des pis aller pour éviter de se remettre en question.


Communautarisme et sexisme en l’occurrence, mais ce sont des blancs alors ça parait normal.

Ridiculiser ? Non. J’ai voulu sourire des excès. Et la vidéo n’est pas de moi même si je la partage (avec humour). Elle est signée du parodiste Mozinor.

Je vais maladroitement grossir le trait à mon tour. Mais je préviens : ce ne sera pas aussi bon que Mozinor.

Imaginons qu’une femme noire homosexuelle juive [liste non exhaustive …] traite un homme blanc hétérosexuel catholique [liste non exhaustive …] de « connard ».
On pourrait la traiter de sexiste, de raciste, d’hétérophobe, d’anticatholique [ainsi de suite …] sans oublier vulgaire mais peut-être que la cible de son insulte serait vraiment un « connard ». Toutes les options sont à envisager.

L’histoire peut bien sûr se raconter à l’envers.
Imaginons qu’un homme blanc hétérosexuel catholique [liste non exhaustive …] traite une femme noire homosexuelle juive [liste non exhaustive …] de « connasse ».
On pourrait le traiter de sexiste, de raciste, d’homophobe, d’antisémite [ainsi de suite …] sans oublier vulgaire mais peut-être que la cible de son insulte serait vraiment une « connasse ». Toutes les options sont à envisager.

Ma famille est marqué par le « racisme ». Comme tu l’as remarqué, je porte un nom de famille espagnol : Sanchez. Mon grand-père a fui l’Espagne avec ses parents à cause de la misère (la faim, la vraie) en 1920 car ils étaient des serfs (eh oui, ça ne remonte pas au Moyen-Âge). Quand ils sont arrivés dans le sud de la France, ils ont dormi sur les trottoirs, puis ont accepté des salaires de … « migrants » (comme on dirait aujourd’hui). Les années passant, il a fait la connaissance d’une Française mais, pour se marier, il a fallu le faire à minuit tellement il était honteux pour une Française, dans ce milieu rural, de se marier avec un Espagnol. Une fois marié, sa belle-famille lui a dit : « Maintenant, tu es un Français et tu ne dois plus fréquenter les Espagnols ! » Ses propres frères et sœurs ! Il a cependant continué à le faire mais en cachette.

Je raconte tout cela pour faire comprendre que je ne suis pas insensible à la problématique du racisme. Mais pour moi, au-dessus de ce problème, il y a les rapports sociaux.

Tu parles de

et l’avatar que tu as choisi montre une revendication féministe (Women’s Spring), si je ne m’abuse. Le sexisme existe, OK.
Mais franchement, quel rapport y a-t-il entre une femme ouvrière et une femme bourgeoise ? Est-ce qu’être une femme est une catégorie sociale ? Qu’est-ce qui va rendre le plus pénible la condition de la femme ouvrière : être une femme ou être une ouvrière ?
Tu devines ma réponse.

Tu conclus avec cette phrase. Tu aurais pu ajouter « ce sont des hommes blancs » étant donné que la douzaine de personnes assises sont des hommes et qu’autour, parmi les conseillers/conseillères, je ne vois qu’une femme sur six.

Bien qu’étant moi-même un homme, « blanc » (mes enfants préfèrent dire « beige »; et « marron » pour ceux qui ont la peau plus foncée comme leur grand-père maternel), je ne m’associe pas du tout à ces gens-là !

Je préfère ne pas « essentialiser », comme tu dis, c’est-à-dire ne pas condamner a priori ces personnes pour ce qu’ils sont (« blanc » précisais-tu) mais plutôt pour ce qu’ils font. Ils prennent des décisions qui vont impacter même (et surtout) ceux qui ne prennent pas les décisions.

Voilà, ça, ça me gêne ! Profondément ! D’autant plus que je devine (avec l’expérience, grâce à mes modestes connaissances en histoire et en géopolitique) que leurs décisions seront malveillantes pour le peuple.

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Les exemples que tu partages illustrent bien une vision assez superficielle et caricaturale du racisme, qui se cantonnerait en gros au racisme hostile.

A sujet de l’insulte connard-asse , il s’agit d’une insulte sexiste (qui dénigre le sexe féminin, le con) et ceci quelle que soit la personne qui s’exprime et quelle que soit la personne à laquelle elle est adressée. Ce n’est pas raciste de traiter une personne racialisée de connard, par contre la traiter de singe, oui c’est raciste car ça fait référence à des préjugés racistes véhiculés dans nos sociétés. De la même manière, traiter quelqu’un de tapette, c’est homophobe, car cela traduit une vision méprisante de l’homosexualité et cela quelle que soit la personne à qui l’insulte est adressée.

Mais lorsque tu évoques le sujet des insultes et le rejet des mariages mixtes, tu restes dans le racisme hostile, alors que les mécanismes du racisme sont bien plus complexes.

Dimension #1 | Le racisme bienveillant /ordinaire : il constitue la plus grosse partie du poids quotidien. Il passe par des “blagues” et des “tu viens d’où”

Dimension #2 | Le racisme hostile . Celui que tout le monde imagine

Dimension #3 | Le racisme structurel. Celui qui fait que les PDG sont pas noirs. Mais que les chauffeurs Uber le sont.

Dimension #4 | Le racisme historique et géopolitique. Qui fait que quand je regarde autour de moi, les pays noirs sont pauvres et on a les séquelles de la traite négrière.

Dimension #5 | Le racisme intériorisé. Qui fait que moi même je me trouvais moche quand j’étais petit, que parfois je me taisais dans le métro pour pas “créer le racisme” et que j’ai moi même des a priori envers les autres noirs.

Ces cinq dimensions sont approfondies ici: https://medium.com/dépenser-repenser/le-racisme-expliqué-à-mes-amis-f95c5735233e

L’anti-racisme ne se bat donc pas contre des personnes, mais contre des préjugés et des structures sociales de domination. Il ne condamne et ne juge personne pour ce qu’il est, mais bien pour ce qu’il fait en diffusant ces préjugés et/ou en exerçant une domination.

En partageant la photo de Macron & co, il ne s’agissait absolument pas de dénoncer des hommes blancs mais bien l’aveuglement de nos sociétés au racisme structurel et géopolitique. Le gouvernement souhaite lutter contre ceux qui se referment sur leur appartenance ethnique, mais ne voient pas que ce renfermement sur des appartenances ethnique est flagrant dans les lieux de pouvoir.

Mais puisque tu abordes le sujet, je continue au sujet du féminisme. Le racisme et le sexisme sont en effet des formes de domination dont les mécanismes sont très proches.

Oui, je devine ta réponse, mais c’est la tienne.
Personnellement, j’estime que les oppressions de genre sont, pour moi, plus violentes au quotidien, car elles sont souvent exercées par l’entourage proche, par les personnes que l’on aime et en qui on voudrait faire confiance. Même sans aller jusqu’aux agressions intra-familiales, cette violence se traduit par mille gestes et/ou réflexions de tous les jours qui rappellent aux femmes le rôle et la place qu’on attend d’elles. Cette domination est en plus le plus souvent plus ou moins inconsciente, ce qui rend sa dénonciation particulièrement difficile (on passe pour la chieuse de service :thinking:). L’oppression économique est plus franche, plus identifiable et plus facile à dénoncer.

C’est vrai que la domination économique va généralement dans le sens de la domination de genre: ce sont majoritairement des femmes qui effectuent le travail non rémunéré (entretien de la maison, soin des enfants et des personnes dépendantes,…) et/ou qui ont des emplois subalternes. Mais les deux formes de domination ne sont pas toujours corrélées: une femme bourgeoise peut par exemple être victime du plafond de verre, de harcèlement sexiste sur son lieu de travail ou à son domicile.

Mais l’idée même de vouloir définir des formes d’oppressions qui serait plus importantes que les autres et contre lesquelles il faudrait se battre en priorité est à mon avis discutable. D’abord parce que cela ne va pas dans le sens de la convergence des luttes (s’unir pour lutter contre toutes les dominations, pas uniquement celles que je subis), mais aussi parce que cela ne correspond pas à la réalité du vécu des gens. D’ailleurs, actuellement, en sciences sociales, la notion d’intersectionnalité nuance les anciens concepts d’infrastructure et de superstructure :

Selon l’intersectionnalité, les discriminations ne sont pas indépendantes les unes des autres, mais au contraire corrèlent voire se fondent entre elles pour créer un autre système discriminatoire qui n’est ni l’addition, ni la multiplication des premières discriminations, mais représente une expérience discriminatoire unique subie et ressentie par les individus situés à l’intersection de ces différentes discriminations.
(…)
Sur le plan empirique, l’effet intersectionnel de la discrimination entre le genre, la race et la classe explique pourquoi les femmes noires ont, aux Etats-Unis, le taux d’incarcération le plus élevé.
https://calenda.org/338928

Proclamer qu’on est d’abord « tous des humains » sans prendre en compte la spécificité des oppressions croisées, c’est adopter un faux universalisme qui ignore la souffrance d’une part importante des personnes qui vivent dans nos sociétés.

En effet, c’est juste mon opinion.

Pour moi, toutes les luttes contre les discriminations entre pauvres (racisme, féminisme, etc.) sont des diversions ; et c’est pour cela qu’on retrouve des spéculateurs comme George Soros « généreux donateurs » de Black Lives Matter ou des Femen.

Le problème principal est social :

  • 99% des gens (et encore, je n’écris pas la partie décimale) subissent
  • et 1% (voire beaucoup moins) oppressent.

Toute notre énergie collective devrait être concentrée dans ce combat.

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Bonjour @domie, @jeronimo.sanchez,
c’est intéressant de vous lire car vous avez 2 visions bien distinctes sur le sujet du racisme.

Je vous renvoie vers le sujet relatif à Atelier "Réparations" par RasineKaf. On a un document posté par l’auteur lui-même et qui propose une synthèse historique sur les rapports de domination à la Réunion, l’identité créole et une forme de racisme structurelle.

Pour ma part, pour avoir lu le document, je pense que ça serait une belle occasion de poursuivre votre réflexion en l’invitant à ce fil de discussion.

Bien sûr, lire son document me parait un bon point de départ.
Merci @RasineKaf

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Cette expression réduit toute la diversité sociale à une vision manichéenne entre une « élite » et ce que tu appelles les « pauvres ». La société est bien plus complexe que cela. En ce sens, j’'ai évoqué plus haut la question de l’intersectionnalité; dommage que tu ne prennes pas le temps d’étudier d’autres arguments. J’ai parfois l’impression que tu te contentes de réciter un crédo.

Je pense que c’est là la clé de ce qui différencie nos luttes et nos visions du social. Tu veux te battre contre des personnes que tu estimes malfaisantes; je pense que c’est les structures sociales qu’il faut modifier. Tu veux déboulonner des oppresseurs, je dénonce des systèmes de domination.

Cela permet de ne pas se disperser dans des détails, dans des aspects secondaires. Cela permet d’aller à l’essentiel : il y a ceux qui décident et il y a ceux qui subissent.

Je dénonce et veux (contribuer à) déboulonner les deux. Un système social est composé de personnes. Créé par des personnes et maintenu par des personnes. « L’Empire » (le réseau des réseaux) n’est pas quelque chose d’abstrait.

Bonjour,
Juste une seule chose à dire en réponse à tous ces coms:
E&R TV est une tv raciste de Soral .
Le reste découle de ça.
Tout ce que publie cette web tv est de la m…
Et je reste poli.
Débattre la dessus n’as donc aucun interet.
Mais on voit aussi malheuresement que certains confondent tout , y compris dans leurs "croyances, melant la stupidité des climato-sceptiques, le « complotisme illuminati sataniste sioniste pervers » (ouf) et le racisme latent…
Le racisme c’est ce qui m’as fait fuir les dernières manif de GJ à La Réunion…
Entendre conspuer la marseillaise car « neo-colonialiste » m’a fait vomir et m’as fait comprendre l’infiltration du mouvement par les forces racistes de notre petit pays, les sois disant autonomistes et autres anti zozo de base.
Je suis un combatant anti raciste depuis toujours.
Quand à l’époque je dénonçais les propos anti zorey de certains admins de certains groupes fb (les plus gros) en pointant des gars des zazalés, on m’as gentilement ignoré…
Mais il n’y a pas de fumée sans feu.
Et je vois très bien que les essais de convergence des luttes sont fagocitées par ces memes personnes, empechant ainsi cette convergence voulue.
Mais ceci à toujours été comme ça chez nous.
Et Ronkosé aussi, tristement.
J’en vois qui dénonce les gros colonialistes qui tiennent le pouvoir economique à La Réunion en oubliant volontairement que ce sont tous les commerçants de l’ile qui abusent sur nous par leurs marges folles ( 300 % c’est normal ?) sous pretexte d’eloignement et de taxes ? C’est faux.
Et je ne crois pas que les toutes les grosses familles de l’ile ( ceux qui tiennent vraiment l’economie entre leurs mains) soient des zorey , ceci est encore faux. La grande majorité ce sont des « creoles ».
Faut juste ouvrir les yeux et enlever la couche de racisme qui les obstruent.
A La Réunion ce sont les Reunionnais qui abusent des autres Reunionnais.
Chercher les boucs emmissaires ailleurs, c’est la voie des facistes.
Je sais que mon discours ne va pas plaire à tous mais au moins je dis ce que je pense et ce que je constate.
Je demande aux racistes de partir de notre beau pays.
racist déor ! comme je m’ammuse à tager sur les « zorey déor » qui fleurissent partout !
La réalité creve les yeux comme les flics.
bises

C’est aussi ce que je croyais a priori à l’époque où la télévision, propriété privée de quelques banquiers et industriels, était ma seule source d’information. En plus, le personnage d’Alain Soral ne me plaisait pas : imbu de sa personne, arrogant, macho, violent, etc.
Et puis, au détour d’un trokali, je suis tombé sur un exemplaire de « Comprendre l’Empire » (2011). Je me suis dit : « Je ne vais pas mourir idiot. » Le moins qu’on puisse dire, c’est que j’ai été agréablement surpris !
Je recommande à tout le monde la lecture de cet essai.
Finalement, dénoncer les banques et leurs réseaux ne fait pas de vous un raciste quand bien même les banquiers désignés sont juifs, protestants, anglo-saxons ou autres. Peu importe ce qu’ils sont; c’est ce qu’ils font qui compte.

Complètement d’accord.

Exact.

Bonne réplique :wink:

Ça non plus, je ne l’oublierai pas. Rien qu’à la Réunion, il y a eu trois victimes. L’image de la Police Nationale est profondément détruite.

On a toujours stigmatisé la « couleur » de l’autre, vue de l’Europe infra-mer. Comme si le blanc n’était pas une couleur. N’est-il pas légitime d’inverser le regard ?

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J’ai grandement l’impression que ça se passe comme ça dans mon pays, la Belgique.

Je me souviens de pas mal de conversations entre francophones et néerlandophones belges dans lesquelles les deux disaient que s’il n’y avait pas les politiques pour se mettre entre ces deux communautés, on arriverait à très bien s’entendre malgré nos différences alors que ce n’est actuellement pas le cas quand on se penche sur l’actualité politico-communautaire belge souvent très agitée.

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Je pense qu’il faut se mettre à la place des gens qui ont du pouvoir. Essayer de comprendre leur psychologie (c’est pour ça que les contributions d’@eccolulo m’intéressaient beaucoup).

Quelqu’un qui a du pouvoir se caractérise à mon avis par plusieurs aspects :

  • au départ, il voulait le pouvoir (donc, déjà, potentiellement dangereux)
  • il a dû se battre pour avoir ce pouvoir (quitte à écorner quelques-unes de ses valeurs initiales)
  • et il fera tout pour conserver ce pouvoir.

Avoir du pouvoir, c’est décider à la place des autres.

Dans certains domaines de compétences, cela se justifie par une expertise technique, mais en politique, où les règles sont subjectives (contrairement aux sciences « dures »), décider pour les autres m’apparaît comme totalement illégitime (puisque je suis anarchiste/démocrate).

Quand on est minoritaire, au pouvoir, face à la masse, je vois deux façons de renforcer sa position :

  • créer un réseau autour de soi
  • et diviser la masse.

Par exemple, imaginons 1000 personnes dans un jeu à élimination. La règle annoncée est « chacun pour soi », donc 1000 individus les uns contre les autres. Mais dans ce millier de personnes, 10 d’entre elles décident de s’unir secrètement. Cette équipe de 10 sera bien plus forte que n’importe lequel des individus isolés.

Reste ensuite à empêcher les 990 individus isolés de faire corps, de faire équipe, à leur tour. Il faudra trouver sans arrêt des façons de les empêcher de communiquer ou alors de toujours se disputer sur des sujets secondaires qui les empêcheront de s’organiser pour contrebalancer le pouvoir de l’équipe dominante.

Comme lorsque quelqu’un décide quelle lutte serait plus importante que les autres? :thinking:

Je trouve ahurissant de décréter que des oppressions vécues au jour le jour seraient secondaires (racisme, sexisme, …) alors qu’elles causent des souffrances effectives et maintes fois prouvées. Et ceci pour s’unir et se concentrer dans une lutte contre un complot dont on n’est même pas certain qu’il soit existant. C’est refuser de s’unir contre des faits, pour se battre pour une idéologie… Un Don Quichotte des temps modernes en quelque sorte.

De plus, il est faux de dire que ces luttes sont clivantes, sources de division. Je pense qu’on est tous d’accord pour se battre pour que chacun, quelque soit sa couleur de peau ou son genre, ait les mêmes droits. Un homme peut très bien être un allié dans la lutte pour les droits des femmes, un zorey peut être un allié dans la lutte pour les réparations.

Autour des notions d’'ami.e et et d’allié.e: une conférence de Françoise Verges

Le colonialisme humanitaire, c’est savoir ce qui est bon pour les autres et ce qu’ils doivent faire

Non parce que je n’ai pas de pouvoir coercitif pour imposer quoi que ce soit.
Ce qui nous réunit c’est notre absence de pouvoir.

Je ne nie pas l’existence de ces oppressions (et des souffrances qui vont avec) mais, effectivement, je les qualifie de secondaires par rapport à l’oppression de ceux qui ont du pouvoir.

Il ne s’agit pas de complot supposé mais de fait connu de tous. C’est constitutionnel !
Est-ce que tu as jamais décidé/voté une loi qui s’applique à toute la société ? Et qui s’applique à toute la société par la force policière ou militaire au besoin ?
En France, officiellement, ce pouvoir est réservé à des députés et sénateurs (un total de 800 ou 900 personnes) et au gouvernement (une vingtaine ou trentaine de personnes) qui ne représentent qu’un infime pourcentage des 50 millions d’adultes.
Pire, depuis 1992, la majeure partie des lois sont décidées par la Commission Européenne : 27 individus désormais (nommés sur des critères obscurs) qui prennent des décisions (économiques, législatives) qui vont s’appliquer, s’imposer à près de 500 millions d’individus.
Et en plus tous ces gens sont corrompus jusqu’à la moelle par le lobby de la finance.
Le président de la République française actuel en est un exemple frappant : c’est un employé de banque.

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Mais revenons au racisme.

On l’a défini plus haut :

  • des races humaines existent
  • certaines races sont supérieures à d’autres
  • et celles qui sont supérieures peuvent opprimer celles qui sont inférieures.

Comment lutter concrètement contre le racisme ?
Punition ? Éducation ?

Je suis désolé d’insister avec ma question mais : « Comment lutter concrètement contre le racisme ? »

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