Tout coule

En affirmant que « Tout coule, rien ne demeure » le philosophe présocratique Héraclite d’Ephèse pointait la fragilité d’un monde bien moins stable que nous aimerions le croire. C’est pourquoi il a pu dire aussi que « nous ne nous baignons jamais deux fois dans le même fleuve ». D’un jour à l’autre il change et c’est la norme pour tous les êtres que nous connaissons, même si chacun change à son rythme.

Là où la chose est particulièrement vraie, c’est bien sûr en psychologie ou un rien suffit à nous faire changer d’humeur. J’y pensais hier en découvrant la rivière Sainte Suzanne en allant vers la cascade Niagara.

Comme on le voit dans la vidéo ci-dessous, elle déborde joyeusement au point d’effacer complètement la route, sans laisser soupçonner qu’il y en a une là, juste sous nos yeux. Seule une bordure de trottoir, sur la droite, en témoigne encore.

Ce spectacle est un peu comme une émotion forte, par exemple une colère, qui peut effacer toute trace de raison.

En ce moment, seules les rivières débordent. Mais je vois venir le jour où c’est l’émotion populaire qui débordera sur la voie publique, lorsque les foules exaspérées ne feront plus de sentiments avec ceux qui leur ont menti sur toute la ligne ou, pire, se sont tus, alors qu’il fallait dénoncer l’épouvantable totalitarisme en marche…

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En disant cela, Héraclite d’Ephèse a raison et tort à la fois, me semble-t-il.

L’eau s’écoulant dans le lit du fleuve, effectivement, elle change en permanence.

Mais sur un cycle plus long (le cycle de l’eau : évaporation de la surface des mers et océans , condensation dans les nuages, pluie, écoulement dans les rivières et les fleuves jusqu’aux mers et océans, évaporation …), c’est bien la même eau (ou une partie de la même eau) qui revient à son point de départ.

Par analogie, sur certaines longues périodes de l’histoire humaine, des évolutions apparentes peuvent apparaître comme des révolutions (au sens étymologique du retour au point de départ).

Parfois certaines révolutions (cette fois-ci au sens de soulèvement violent, de renversement d’un régime politique donné) peuvent dans un premier temps apparaître comme des améliorations de la société … pour finalement retomber dans les mêmes travers : une oligarchie ou un individu qui se comporte de façon autoritaire.

Ainsi va de la révolution bourgeoise de 1789. Les révolutionnaires voulaient se libérer du carcan pesant imposé par les aristocrates (guerriers/militaires à la tête de l’État) et les ecclésiastiques mais en à peine deux siècles, les élus et hauts fonctionnaires (à la tête de l’État) et les francs-maçons ont simplement remplacé les dirigeants de l’Ancien régime pour soumettre les populations à autant (sinon plus) de contraintes et d’abus.

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Merci Jérôme pour ce commentaire qui soulève de sacrées questions qui anticipent sur la suite.
Fatalement j’aurais parlé de l’habitude et l’ambivalence du mot révolution constitue un bon exemple de cette tendance fondamentale de toute chose à persévérer dans son être, pour parler comme Spinoza.

Concernant Héraclite, tu as raison et tort à la fois. Raison parce que, c’est vrai, on peut toujours prouver qu’il y a dans une eau donnée des molécules qui sont déjà passées par là, peut-être même un certain nombre de fois. Tort parce que si la mêmeté de l’eau était significative, si on devait penser que l’eau ne change pas, personne ne se baignerait (laverait) deux fois dans un même fleuve. L’image d’Héraclite sert à opposer l’identité du fleuve, absolument invariante à sa ressemblance à lui-même, toujours variable. D’où cette opposition dans la Bible entre la création de l’Homme à l’image (copie conforme) et à la ressemblance de Dieu.

Concernant la Révolution, c’est sûr qu’on peut dire qu’elle a littéralement succédé à l’Ancien Régime au sens où elle en a hérité. D’où l’adage français : plus ça change, plus c’est la même chose. Je veux dire par là que le changement n’a été qu’un changement de pouvoir et qu’à la place d’un Roi et d’institutions, notamment religieuses, soucieuses de protéger le peuple de l’exploitation économique, la Révolution, fondamentalement bourgeoise, a amené l’économie et la finance au pouvoir en faisant passer, aux yeux du bon peuple ignorant et berné, l’aristocratie élective (la représentation parlementaire) pour de la démocratie. A partir de là tu as moyen de comprendre la position de ceux qui, encore actuellement, sont royalistes. Il n’y a rien d’anachronique, c’est avant tout du pragmatisme et de la lucidité. Mais je comprends aussi que la démocratie authentique, sans représentants élus, puisse conserver son attrait :wink:

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Le terme « démocratie » était totalement péjoratif pour les fondateurs du régime parlementaire (aristocratie élue). Le peuple incarnait à leurs yeux la pauvreté, la bêtise, la saleté, la laideur … bref tout ce qu’ils méprisaient.

Mais pour mieux contrôler cette masse agitée, et « fabriquer son consentement » (comme on dit
aujourd’hui), certains n’ont pas hésité à faire preuve d’une hypocrisie totale, d’une démagogie sans vergogne, en utilisant le mot « démocratie » dans leur rhétorique électorale ; dès 1828 aux États-Unis (par Andrew Jackson) et dès 1848 en France (lors de la première élection ouverte à tous les hommes et non pas seulement aux plus riches qui payaient le « cens »).

Comme le mot « démocratie » a été dévoyé par des républicains (en réalité favorables au régime parlementaire fallacieusement nommé « représentatif »), certains ne voient pas d’autre option qu’un retour à l’Ancien régime (monarchique/théocratique) alors que, de mon point de vue, il faut poursuivre l’évolution : de la monarchie, en passant par l’oligarchie (« dictature de la minorité », c’est-à-dire la situation actuelle) vers la démocratie ou mieux l’anarchie (cette dernière se distinguant de la démocratie par l’absence de coercition, absence de « dictature de la majorité »).

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A une époque, au millénaire précédent, j’aurais été complètement d’accord. Je défendais le principe de l’auto-organisation et le fait qu’on pouvait se passer de gouvernement centralisé. Mais j’ai changé d’avis depuis. En comprenant la Big manip des élites qui nous ont imposé un système d’élus à leur botte, j’ai pris conscience de l’importance d’avoir un système capable de défendre des valeurs essentielles pour la survie et la paix de la nation. Le principe d’un conseil de sages dévoués à cette tâche semblerait séduisant mais il est tellement facile d’acheter les hommes ou de les tenir par d’autres corruptions morales ou criminelles que ce n’est pas la solution.
Finalement, comme Soral ou RDW, je trouve la monarchie plutôt bien, mais qui pour être roi ? Telle est la question ! Car l’aristocratie est dégénérée, hors de question d’y placer un de leur rejeton même supposément légitime par sa lignée.
En fait je confesse une admiration certaine pour Poutine que j’ai pourtant dénigré autant qu’il est permis lors de la guerre de Tchétchénie. Peut-être l’avenir me démentira mais franchement je trouve qu’il a fait du beau boulot pour la Russie et je me réjouis qu’il reste au pouvoir jusqu’en 2030 !

Ah non la monarchie on a déjà donné et on a vu ce que ça donne justement!!! tu crains la corruption de sages amovibles et controlables mais pas la folie d’un monarque à vie? On est en train d’y glisser doucement d’ailleurs avec notre bon roi macrotte… NON a la monarchie!! Oui à l’élévation humaine, on n’est pas destinés à rester des abrutis ad vitam aeternam si?? Alors pourquoi se remettre dans une organisation infantilisante?? Le coup du papa ça suffit!!! papa dieu, papa Etat, papa philosophe, papa tu dois mourir à un moment donné c’est la vie qui veut ça! On a tué le père, continuons d’avancer au lieu de retourner dans une étable sécure et connue certes, mais chiante à mourir!! Sinon quand le monarque c’est un Poutine ok mais yen a pas beaucoup comme lui… la plupart du temps tu auras des Geoffrey Lannister… ou des neuneus manipulés par des macrons discrets et officieux donc indetectables… NON A LA MONARCHIE, c’est pour ça que je ne suis plus du tout Rémy DW et que j’écoute Hillard à moitié. On est assez grands pour se passer d’un papa, merci! ou alors on divise le pays en deux : un avec Papa Roi pour les immatures qui ont besoin dêtre guidés, et un anarchiste pour les adultes…

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Je suis d’accord avec @Hel . J’aspire à l’autonomie (étymologiquement « ses propres règles »). Que ceux qui subissent les lois, les écrivent. Que les lois ne soient pas décidées par un petit nombre de politiciens corrompus aux volontés des industriels et des banquiers.

Nous avons eu notre Vladimir Poutine, en France, en la personne de Charles de Gaulle. Il s’est bâti une Constitution sur-mesure qui donnait la supériorité à l’exécutif (une président élu directement) sur le législatif (le parlement dévoyé par les querelles et alliances politiciennes). Mais une fois le « bon roi » parti, que reste-t-il ? Trop de pouvoir pour les hommes de paille qui suivent; des Pompidou et de Macronn employés de la banque Rothschild, des traîtres pro-états-unien comme Giscard d’Estaing et Sarkozy. Non merci !

Quant à Rémy Daillet-Wiedemann, si j’ai bien compris, il se propose comme régent provisoire en attendant de remettre au pouvoir une monarchie « légitime ». Et le monarque « légitime » (par la lignée des Bourbon) c’est Louis XX. Qu’est-ce que ce dernier a fait d’extraordinaire … à part naître ?

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Ce n’est pas le projet de faire ici un débat sur les formes de gouvernement souhaitables mais disons que la corruption congénitale de la démocratie (puisque c’est un bâtarde qui usurpe son nom) fait qu’il faut bien chercher une alternative. On le voit bien, les bons moments d’un peuple c’est quand son leader est un bon qui a une vision et des valeurs. La racaille parlementaire qui se goinfre en recopiant les textes écrits par les lobbies ça suffit. Je suis assez pour l’idée d’avoir un homme valeureux à la tête de l’Etat pour de longues années. Si Poutine pouvait rester au pouvoir aussi longtemps que l’impuissante reine Elisabeth II, la face du monde en serait changée. Mais bon, de toute façon, c’est de la France dont on parle. Et nous n’avons aucun homme de conviction de la stature de Poutine. En tout cas, j’en ai pas vu. RDW ne manque pas de cran mais je décèle des fragilités. Quoi qu’il en soit, s’il était au pouvoir, je lui ferais confiance car je n’ai pas d’alternative. Fouché est gentil mais il faut les épaules larges pour tenir le pouvoir. De Gaulle a subi je ne sais combien d’attentat. Coluche un seul, réussi. Fouché n’a pas de garde prétorienne pour le protéger. C’est ça le problème. En fait la seule alternative crédible que je vois, vous allez rire : c’est l’armée, si seulement nous avions encore un vrai de Gaulle dedans :wink:

Bonsoir @eccolulo ,

Ne trouves-tu pas que tu as une tendance autocratique ?

Tous les pouvoirs dans les mains d’un seul

Pour ma part, je me sens vraiment à l’opposé de tes idées, pour une réelle démocratie.

Oui, je comprends que je peux donner cette impression mais étant naturellement provoc, je dirais que j’adore ça.

Disons que quand j’essaie de comprendre, je me fous de la bienséance, de ce qui est socialement confortable. Je suis complotiste ou penseur des marges exactement comme un enfant aime sauter à pied joint dans une flaque de boue : ce qui compte c’est la rencontre avec le réel, faut ça gicle, que ça éclabousse dans tous les sens.

Ce que tu présentes comme résumé va de pair avec la doctrine qui nous vend la (pseudo)démocratie comme le meilleur système. Cela contribue à l’endoctrinement car nulle part il n’est envisagé que ces catégories puissent fonctionner « en même temps » selon la fameuse formule du banquier président.

Or il est clair que nous sommes dans ce cas de figure : la démocratie n’est qu’une comédie du je-vote-pour-blanc-bonnet-ou-bonnet-blanc inventée par les très riches (ploutocratie) qui sont vraiment peu nombreux tout en haut (oligarchie). Il est même possible que les pyramides de pouvoir instaurées dans ces cercles aient un seul homme à leur tête. Il reste dans l’ombre bien sûr mais n’en imprime pas moins sur le monde une volonté incroyablement disproportionnée au regard du principe démocratique un homme une voix.
Pensons à la famille Rothschild par exemple : elle fait les présidents (Macron), elle fait les pays (Israël), elle fait la pluie et le beau temps dans la finance mondiale. Et tu es encore à penser que la démocratie c’est la solution ?
Dans l’idéal, dans une démocratie écrite par Chouard, je dis pas, mais il faut être réaliste nous n’allons pas l’avoir cette démocratie. Nous sommes En Marche pour un totalitarisme à prétexte sanitaire et seule une réaction de survie du corps social pourra nous tirer de là. C’est pourquoi je pense à l’armée qui a la force requise et donc à un de Gaulle ou un Poutine français pour restaurer la souveraineté nationale qui a été bradée aux banques depuis des décennies.

En fait même de Gaulle s’est avéré impuissant à dégager la France des griffes des financiers. C’est pas moi, c’est l’historien Henri Guillemin qui le dit.

Bref, voilà le tableau, alors oublie tes jolies catégories propinettes, c’est juste de la propagande.

D’ailleurs, tu savais que j’étais plutôt favorable à l’autocratie. C’est pourquoi je ne proteste pas quand tu exerces ton pouvoir, que tu le préserves ou que tu en es jaloux, ça t’arrive :wink:
Même si ça te surprend (car tu idéalises la démocratie et tu penses la réaliser sur Ronkozé), je trouve ça tout à fait logique et naturel, disons normal. La seule chose qui compte c’est que l’autocrate ne soit pas mauvais. Et tu n’es pas mauvais, sinon je ne serais pas là. Eh bien, c’est un peu pareil pour un pays. Il faut un garant qui ait un pouvoir suffisant pour trancher et éviter la guerre civile en évitant l’exploitation de l’homme par l’homme par les financiers. C’est ce qu’ont fait les rois très catholiques de France. Le reste c’est de la tragi-comédie infernale sur les bords.

La ploutocratie est une des variantes de l’oligarchie. C’est l’oligarchie des plus riches. Mais on aurait pu imaginer l’oligarchie des plus hauts membres d’une administration (bureaucratie), des plus diplômés et/ou supposés « sachants » (technocratie), d’une hiérarchie religieuse, etc.

Elle l’a été dès 1789 en France. La première loi à avoir été promulguée par les « révolutionnaires » fut la légalisation de l’usure ! Et juste après son coup d’État de 1799, le militaire Napoléon Bonaparte a autorisé la création de la « dite » Banque de France par des banquiers français et suisses privés ! Banque de France qui restera privée jusqu’en 1945 (nationalisée par les résistants, armes à la main, parce que cette banque avait ouvertement collaboré avec les occupants allemands). Il y avait même un slogan qui se propageait entre 1936 et 1939 en France : « Plutôt Hitler que le Front Populaire ».

Quant à la démocratie, elle n’a jamais existé en France. Les pères fondateurs comme l’abbé Sieyès connaissaient et détestaient cette forme de régime politique. Voici une citation explicite pour comprendre ce que voulaient (et surtout ce que ne voulaient pas) les fondateurs de la monarchie constitutionnelle (d’abord) et de la république (à cause du manque de coopération du roi).

« Les citoyens qui se nomment des représentants renoncent et doivent renoncer à faire eux-mêmes la loi ; ils n’ont pas de volonté particulière à imposer. S’ils dictaient des volontés, la France ne serait plus cet État représentatif ; ce serait un État démocratique. »

« Le peuple, je le répète, dans un pays qui n’est pas une démocratie (et la France ne saurait l’être), le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants. »

— Discours du 7 septembre 1789

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