Scoutisme & construction du soi

Le Grand Bien Vous Fasse de mercredi dernier était consacré au scoutisme.
Comme lorsque j’étais jeune ado l’occasion m’a été donnée de découvrir les Scouts de France je ne résiste pas au plaisir de vous dire tout le bien que j’en pense, d’un point de vue personnel et, ensuite d’un point de vue de psychologue.
Je n’ai rien à dire sur l’émission dont j’ai juste capté quelques passages à la volée. C’est ici le thème qui m’importe.

Au plan personnel je dirais simplement que ma dette est immense vis-à-vis des Scouts de France car c’est avec eux et non l’école que j’ai appris à m’inscrire dans la relation sociale au sein d’un collectif, ce qui est autrement plus complexe que d’entretenir des amitiés duelles. Je pense qu’ils m’ont permis de déployer des compétences d’écoute, de dialogue, de décision, d’engagement, etc. qui me feraient terriblement défaut si je n’avais pas fait l’expérience du scoutisme.

Pour résumer les choses d’un point de vue de psychologue, je dirais que le scoutisme m’a formidablement aidé à devenir moi-même. Mieux : si l’enfant que j’étais a pu devenir adulte dans une relative sérénité, c’est bien grâce au scoutisme.

Mais je ne vais pas vous dire ici ce qu’est le scoutisme. Vous trouverez ça partout. Je vais vous parler du reste, ce qui n’est pas dit et qui, pourtant explique pourquoi la pratique du scoutisme est tellement bénéfique pour l’adolescent. C’est bon pour l’enfant, bien sûr, mais infiniment plus pour l’adolescent.

Car l’adolescence est la période au cours de laquelle nous passons d’un milieu familial quel qu’il soit à un environnement social élargi qui constituera le nouveau support de notre identité future.

Le soi se construit dans ce qu’on a appelé le miroir social, cad, notre entourage qui, (selon la manière dont il nous voit, nous parle, nous traite) nous renvoie l’image qu’il se fait de nous-même, image que nous intériorisons (imitons) de sorte que nous nous voyons dans notre entourage comme s’il s’agissait d’un miroir.

A l’adolescence le (supposément) doux miroir que constitue le cocon familial perd son statut de miroir de référence car l’ado sait qu’il n’est pas censé y faire sa vie. C’est au miroir élargi à la société qu’il doit s’affronter et, sous ce rapport, le fait d’aller à la rencontre des autres dans un milieu encadré par des règles et surtout des valeurs est une sécurité inestimable.
Le fait de pouvoir vivre et grandir sans peur ou en surmontant ses peurs grâce à un collectif respectueux et bienveillant est une vraie bénédiction pour la confiance en soi, d’autant plus que l’éducation procurée par le scoutisme est totale : elle inclut le corps et l’esprit. Elle aide à les accorder et en ces temps de virtualisation du réel face aux écrans, il y a là quelque chose de carrément salutaire.

Bref, que l’on ait ou non « réussi » avec ses enfants, c’est un beau cadeau à leur faire que de leur permettre de s’épanouir et de s’accomplir dans un milieu respectueux, enrichissant et porteur de valeurs essentielles.