Rêve général (e) : à partir du jeudi 5 décembre

J’aurais bien mis ce texte dans la thématique : Travail - Chômage si elle avait existé…

Un texte écrit par un gilet jaune de St Nazaire que je relaie à 100% : pour moi, la marchandisation du travail sous la forme de l’emploi est le problème le plus fondamental à résoudre. Il n’y a pas d’écologie possible tant que des milliards de gens sur la planète sont contraints de produire (et donc de participer à l’extraction des ressources) tout et n’importe quoi juste pour pouvoir manger!

Extrait :
" Notre société est malade car elle a perdu, ou n’a jamais su, le sens qu’elle devait donner à sa propre activité. C’est aujourd’hui la loi aveugle du marché qui dicte le contenu de toute l’activité sociale : depuis les hôpitaux jusqu’à la métallurgie. Et la méga-machine aujourd’hui s’est emballée, et continuera de s’emballer et à produire sans fin jusqu’à épuisement de nos ressources, humaines et naturelles, tant que nous ou les processus naturels ne l’auront pas mis à l’arrêt."


Rêve général (e)

à partir du jeudi 5 décembre

La grève projette l’arrêt du travail, au sens du travail-salarié, travail-prison comme dirait l’autre. Même si ceux qui y participent ne la font pas dans cet objectif, c’est bien souvent ce que les grévistes découvrent lorsqu’elle dure un peu : On peut s’organiser ensemble, apprendre à mieux vivre, refonder une communauté solidaire parmi les salariés etc. Et tout cela est possible lorsque tout s’arrête : la machine, sa cadence infernale, son bruit, ses pollution qui vous encrassent.

Je me rappelle avoir discuté en 2016 avec un gars de la raf qui était en grève depuis plusieurs semaines. il m’avait dit en substance : « Putain, quand la raf est à l’arrêt ça fait du bien ! Plus de bruit, de pollution… quel silence ! ». De même je pense à ces postiers du 35 qui ont fait 4 mois de grève. 4 mois pendant lesquels ils ont vécu ensemble au rythme de leur mouvement, organisant des quêtes et des événements pour remplir leur caisse et tenir. Je sais de source sûre que certains n’ont pas repris le travail après la grève et ne le reprendront peut-être jamais, ayant définitivement adopté un mode de vie en marge.

Le blocage projette lui l’arrêt de la circulation des flux, l’arrêt de la méga-machine, au-delà des portes de l’entreprise, à l’échelle de la société toute entière. Même si encore une fois, et c’est tout le paradoxe, il a pu être déclenché par une augmentation du carburant, l’énergie de la circulation par excellence de nos jours, et que cette revendication, et d’autres, restent la raison première du blocage pour beaucoup.

Lorsque la circulation s’arrête ou ralentit sur le rond-point, on s’entend mieux, on peut s’y déployer, y récréer une communauté, s’y établir, construire, créer des racines.

Pour ma part c’est comme ça que je vois « la solution ». L’arrêt d’un gaspillage incroyable d’énergie humaine et autre, le recentrage sur des activités essentielles à notre bien-être, et au travers desquelles nous pouvons nous réaliser (artisanat, élevage non-intensif, agriculture, soin de soi et des autres…). L’arrêt d’activité polluante et nuisible à l’homme et son environnement, qui aujourd’hui consomme une part gigantesque de l’énergie sociale. Pour au final quoi ? Avoir des gadgets de mauvaise facture sur internet à des prix ridiculement bas, qui tiendront un mois ou 2, une option de plus sur la dernière bagnole qui va vous prévenir de la météo prévue dans votre trajet programmé, le droit de monter sur un énorme bateau à 20 étages pendant 2 semaines de sa vie pour y rester cloîtré et ne même pas profiter de l’immensité de la mer.

Notre société est malade car elle a perdu, ou n’a jamais su, le sens qu’elle devait donner à sa propre activité.
C’est aujourd’hui la loi aveugle du marché qui dicte le contenu de toute l’activité sociale : depuis les hôpitaux jusqu’à la métallurgie. Et la méga-machine aujourd’hui s’est emballée, et continuera de s’emballer et à produire sans fin jusqu’à épuisement de nos ressources, humaines et naturelles, tant que nous ou les processus naturels ne l’auront pas mis à l’arrêt.

On peut bien sûr parler de tout ça pour donner ce sens à nos actions. Mais ce n’est souvent pas l’essentiel.
Beaucoup de gens n’ont pas eu l’expérience de lutte qui est la nôtre, de savoir qu’on peut déplacer des montagnes en s’organisant collectivement, sans structure préétablie, bref ce que nous avons vécu depuis 1 an et plus pour ceux et celles qui étaient dans la lutte avant. Cette vision est parfois trop lointaine pour les gens.

Mais ce qui marche à tout les coups, mais qui demande plus de moyens et d’effort, c’est de leur permettre de faire cette expérience vivante d’un mouvement et de moment de bonheur partagé lorsque tout s’arrête : le travail salarié, et la circulation des flux. De remplir cet espace vacant qui se créé subitement, qui se remplit souvent de lui-même, mais d’y aider en tout cas, avec… j’ai du mal à trouver le mot, je dirais : de la vie !

Cette expérience d’un flot de vie qui submerge une situation ou un endroit qui semblait un désert de vie, une lande humaine en friche, cette expérience est irremplaçable et laissera des traces indélébiles dans les consciences et les existences.

Ce n’est pas pour rien si pendant le mouvement des gilets jaunes, les expériences les plus fortes ont eu lieu dans les endroits ou les villes les plus « moches », les plus délaissés, les endroits où avant : « il ne se passait rien », où personne ne s’intéressait à personne et tout le monde en souffrait… Comme la nature reprend ses droits, ce sont dans ces espaces de vides sociaux que la vie a repris le dessus de façon la plus marquante, et la plus belle ! Mais qui donc avant les gilets jaunes s’était dit qu’il se passerait quelque chose sur ces rond-points si laids !!! :wink:

Bloquons tout, et peuplons le vide. :wink:

Merci pour cette suggestion.
Je suis d’avis de soumettre la création de nouvelles catégories à tous les « sages » de Ronkozé pour validation collective…

OK, normal car démocratique…