Questions de méthode en histoire

Suite à la discussion entamée ici: "Dette : 5000 ans d'histoire". Que pensez-vous de ce livre?, je vais essayer d’expliquer pourquoi j’estime que les deux affirmations suivantes sont erronées:

Dans ces deux affirmations, la vérité historique est déformée et partiale car l’ensemble des facteurs d’explication n’est pas pris en compte. C’est exactement le biais de cherry picking:

Par exemple, expliquer la crise allemande de 1930 uniquement par les taux d’usure, ce n’est pas prendre en compte la totalité des données. Car, au vu de la complexité des données en histoire, une étude sérieuse passe nécessairement par la prise en compte de causalités multiples. Dans le chapitre Causes de la crise des années 30, cet article Wikipédia recense par exemple, les différentes causes évoquées par les chercheurs:

  • Spéculations

  • Explication monétariste et théorie de la dette souveraine

  • Explication par la sous-consommation

  • Explication par le cycle économique

  • Explications morales

  • Absence d’une puissance

  • Crise mondiale

Pour chaque thèse, les auteurs sont cités avec un résumé de leur argumentation. Je ne développe pas le sujet, c’est juste une illustration de méthode.

Pour résumer mon propos:

Le propre de la démarche historique est de chercher à tester et à nuancer son hypothèse de départ en se confrontant à l’ensemble des sources. Ce que j’appelle un idéologue (rien de péjoratif pour moi dans ce terme, juste au sens de Personne qui est à l’origine de la doctrine d’un groupe.) est celui qui se contente de chercher à valider son son hypothèse de départ en ne relavant QUE les faits ou les explications historiques qui confortent sa théorie.

En ce sens , certes Pierre Hillard est un érudit qui cite de nombreuses sources, mais ce n’est pas suffisant pour que son travail s’inscrive dans une réelle démarche historique. C’est un travail référencé, qui interpelle et enrichit le débat, mais je pense qu’il est d’avantage dans la construction de points de vue que de véritables études historiques. C’est peut être un bon politologue , mais au sujet des questions historiques, il n’applique pas une méthode rigoureuse. Et c’’'est d’abord à cause de ce manque de méthode que je ne lui accorde qu’un crédit limité.

2 J'aimes

Je partage cette définition avec toi. C’est pourquoi je trouvais qu’elle ne s’appliquait pas du tout à :

  • la youtubeuse « Keopi Cat » qui est une simple « gilet jaune » française, certes cultivée, mais avec à peine quelques dizaines ou centaines de personnes qui échangent avec elle sur sa chaîne
  • et la youtubeuse Doreen Dotan, certes cultivée, mais qui est une simple Israélienne juive pratiquante.

La première m’a tout de même appris l’existence de l’Accord d’Haavara et la second l’existence des Sabbatéens puis des Frankistes.

Même le journaliste Thierry Meyssan (qui a une audience conséquente depuis la parution de son ouvrage « L’effroyable imposture ») et l’essayiste Pierre Hillard ne peuvent pas non plus être nommés des idéologues, à mon avis. L’un fait des enquêtes journalistiques, l’autre des enquêtes historiques, mais je ne crois pas qu’ils aient rédigé une quelconque idéologie suivie par tout un groupe (à l’inverse de Karl Marx cité dans un autre fil de discussion).

Il m’a grandement impressionné ! Son étude sur le « mondialisme » est formidable et lui a pris au moins 10 à 15 années de recherche et de rédaction.

Qu’il ait par ailleurs des opinions (subjectives) n’enlève en rien le travail d’historien qu’il a effectué.

Je dois préciser qu’en tant qu’athée, je ne partage absolument pas son envie du retour au catholicisme et à la monarchie de droit divin.

Mais force est de constater que, sur le mondialisme, je ne connais personne qui soit allé aussi loin que lui dans l’étude historique et géopolitique.