Portable au volant : comment éduquer l'adulte ?

Ce matin je suis tombé par hasard sur l’émission « On en parle » sur la 1ere et j’ai entendu plusieurs auditeurs (sic) se plaindre.
Ils souhaitaient que pour en finir avec ce problème du portable au volant on sanctionne davantage les contrevenants et qu’on arrête de noyer le bon peuple dans cette pédagogie incessante et envahissante déployée par les autorités afin d’amener les conducteurs à renoncer à l’usage du portable au volant.

Questionné à ce sujet par l’animateur, un des invités a fait comme s’il n’avait pas entendu le ras-le-bol de cette « pédagogie » et s’est contenté d’écarter l’option sanction comme inefficace (on le fait déjà) et, surtout, comme préfigurant un type de société policière assez inquiétant.

J’ai trouvé cette réponse affligeante et me voilà motivé pour vous dire ce que j’en pense :

  1. Oui, depuis qu’on se trimbale ce problème et cette pédagogie, tout le monde devrait savoir qu’elle est inefficace.
  2. En rajouter encore alors que les signes de saturation sont là ne laisse espérer aucun progrès.
  3. Il faudrait peut-être accepter de considérer que faire de la pédagogie, c’est, selon l’étymologie, faire de la « conduite d’enfant ». C’est infantilisant.
  4. Et d’autant plus inefficace que, justement, nous sommes à une époque où ne savons plus sanctionner les enfants autrement que par des sermons et des « c’est pas bien ! ».
  5. Au lieu d’infantiliser il faudrait responsabiliser et rien ne le fait mieux que la sanction quand elle n’est pas punitive, cad qu’elle est d’abord informative puis formative.
  6. Mais encore faut-il que l’usager sache qu’il est sous contrôle et que la sanction sera SYSTEMATIQUEMENT appliquée.
  7. S’il sait que c’est juste statistique et qu’avec un peu de bol il échappera à tout contrôle, il se laissera aller à la tentation…
  8. Une solution pourrait être d’adopter la méthode chinoise sur la route : caméra + intelligence artificielle afin d’avoir une détection systématique des contrevenants.
  9. Cette détection automatique pourrait amener des sanctions minuscules au départ mais croissantes de sorte qu’au bout d’un certain nombre d’infractions cela deviendrait alors (et seulement alors) douloureux.
  10. Chacun aurait le temps de prendre conscience du risque et prendrait les dispositions pour ne pas passer au niveau supérieur de la sanction.
  11. Même si cela ressemble à du conditionnement, ce système serait authentiquement éducatif car la représentation suit le comportement et non l’inverse : les gens en viendraient à entendre les bonnes raisons pour lesquelles il faut s’abstenir d’utiliser son portable en roulant car ce sont autant de belles raisons pour s’expliquer pourquoi on a finalement décidé de s’abstenir.

Je vous rassure, je ne suis pas au PC chinois et je suis même plutôt libertaire mais il y a des domaines où la loi doit prévaloir.

Assez surpris de votre solution.
La biométrie+intelligence artificielle, pour moi c’est de l’accumulation de « data » qui un jour ou l’autre se retournera contre nous.
La solution est pour moi d’avantage humaine, certes « judiciaire » avec sanctions, mais, le point primordial : en fonction des revenus et la récidive forcément aggravante.
Derrière ce thème, je pense que l’on touche un sujet essentiel de nos sociétés qui est la dualité civisme/liberté, d’être concrètement exposé aux conséquences potentielles de nos actes (TIG orientés) ne peut qu’être bénéfique.
Le modèle chinois du crédit social, pourrais me plaire si il était uniquement basé sur le bonus (je fais du bénévolat, j’ai des réductions de transport…) et non pas sur la centralisation de données de plus en plus intrusives et ineffaçables.

1 J'aime

Je comprends qu’il y a un énorme danger avec le modèle chinois puisqu’il est totalitaire. J’aurais dû préciser que je ne propose cette solution que pour une authentique démocratie avec contrôle citoyen sur les données.
Là où ce contrôle devrait être maximal concerne la conduite automobile car la première chose qui contribue à la diffusion de cette pratique c’est basiquement le sentiment de quasi impunité lié à la rareté des contrôles.
Je voudrais la même chose pour les déchets abandonnés en nature !
Mais c’est clair que cela ne doit pas être aux mains d’un pouvoir totalitaire car notre dictature En Marche.

Je note que nous sommes d’accord sur l’essentiel : la progressivité des sanctions, les premières étant indolores tellement elles seraient minuscules. Elles seraient seulement informative sur la probabilité (maximale) de se faire épingler. Ainsi la question des revenus disparaît. Certes le riche peut aller plus loin dans la récidive mais la différence est ridicule lorsque la progression de la sanction est géométrique.

1 J'aime

Donc il y as bien un souci de ne pas mettre la charrue avant les boeufs.

Ou le sentiment de liberté et d’inconsequences véhiculé par une idéologie.

Désolé, si vous pouvez reformuler, je ne saisis pas : « le riche peut aller plus loin dans la récidive » « la progression de la sanction est géométrique », « ainsi la question des revenus disparaît ».

C’est juste des maths.
Supposons que les sanctions soient progressives et, au début, insignifiantes (afin d’être seulement informatives et, donc, éducatives) avec un démarrage à 1 euros.
La série des sanctions possibles sera donc :
1, 2, 4, 8,16, 32, 64, 128, 256, 512, 1024, 2048, etc.

Il me paraît clair que le riche pourra se permettre d’aller un peu plus loin que le pauvre dans la récidive mais pas beaucoup plus loin car très vite ça explose.
Disons que si le pauvre a mal à la 7e amende (128 euros), le riche aura au moins aussi mal trois pas plus loin, à la 10e amende (1024 euros).
Entre 7 et 10 la différence n’est pas énorme.
Donc le différentiel de revenus n’amène pas de privilèges, il n’y a pas injustice.
La loi est la même pour tous.
Ceux pour qui l’argent a le plus de valeur (qu’ils soient pauvres ou riches) seront simplement davantage motivés pour apprendre que leur intérêt est de respecter la loi !

Ok, le même principe indexé sur les revenus me paraît plus juste encore.

1 J'aime

Je ne vois vraiment pas à quoi ça pourrait TRES CONCRETEMENT ressembler des amendes indexées sur le revenu (je ne vois que le genre usine à gaz administrative à la chinoise, cad, avec total contrôle sur le citoyen). Surtout je n’en vois pas l’intérêt.

Je ne suis pas égalitariste. Je me fous de l’égalité. Je fais partie des pauvres au regard des normes sociales mais je ne m’en fous complètement, je ne m’inquiète que de justice.

Si le riche a payé des impôts justes, il a fait sa contribution au bien commun, qu’on le laisse ensuite libre de dépenser son argent comme il le souhaite sans être à nouveau imposé indirectement par le fait que tout serait plus cher pour lui.

Je trouve ça discriminatoire et malsain. L’obsession de l’égalité est une obsession. Donc ça se soigne ! Parole de psy :wink:

Et pourtant les notions de justice et d’égalité sont liées.
Je te renvoie à John Rawls et la notion d’équité.

Les amendes indexées sur les revenus ou tout autre mesure qui se veut proportionnelle à la richesse d’un individu ne prennent de sens que si l’on envisage un salaire maximum.


Actuellement, un DSK pris la main dans le sac s’en sort « indemne » moyennant le paiement de quelques millions de $ à sa plaignante. L’individu lambda qui n’a pas des millions de $ à débourser, serait contraint à la case prison tandis qu’un autre (riche et célèbre) trouve un moyen de contourner la loi à la vue de tous. Belle illustration d’injustice. cf. l’affaire DSK :label:

1 J'aime

Mauvaise pioche avec Rawls. Tu parles de la justice non en tant que principe mais en tant qu’institution et c’est hors sujet.
De plus tu évoques le système judiciaire étasunien (ou anglosaxon ?) dans lequel la possibilité de négocier sa peine sous forme de réparation sonnante et trébuchante faite à la victime est possible.
Je pense qu’il n’y rien de tel en droit romain. Chez nous l’inégalité devant la justice est liée au statut, La Fontaine l’a excellement formulé.

1 J'aime

:+1:
Ok tu gagnes un point.
Je vais me renseigner sur le droit romain… (merci).

Concernant Rawls, dans son traité sur « la théorie de la justice », il explique ce que « devrait » être un vrai système judiciaire basé sur l’équité. Attention, ce n’est pas parce qu’il est américain que son propos doit être assimilé au droit américain (aussi ploutocratique que le notre). Par exemple, ce serait accuser Noam Chomsky d’être profondément capitaliste juste parce que citoyen états-unien.
On peut être un penseur états-unien et ne pas être d’accord avec le système en place.

1 J'aime

Rawls est bien gentil mais, aussi gros que soit son bouquin, il n’a pas fait le tour de la question au sens où il n’a pas surmonté toutes les apories inhérentes à la multiplicité des sens de « justice ».
Par exemple, se faire justice, ce n’est pas la justice, c’est la vengeance :wink:
J’ai écouté durant des heures des cours sur Rawls et, je dois l’avouer, même si c’était intéressant, je n’ai rien retenu de concluant.
Mais cela a parfaitement pu m’échapper alors.
Donc je suis disposé à ce qu’on me démontre l’intérêt des thèses de Rawls.

1 J'aime

Effectivement 10% sur un salaire de smicard aura beaucoup plus d’impact que les mêmes 10% sur un milliardaire, etc… C’est là que la sanction progressive cité par @eccolulo devient intéressante.

Quand on parle de justice, de dangerosité pour autrui, j’ai du mal avec les trois pas de plus.

1 J'aime

Désolé mais c’est de la mauvaise foi que d’être dérangé par les 3 pas supplémentaires que peut se permettre le riche et de fermer les yeux sur les 7 pas tout aussi « dangereux » que peut faire le « pauvre ».
L’égalitarisme à tout crin est inepte. Si on devait en faire la valeur suprême, on couperait la tête à tous les contrevenants. Ainsi, riches ou pauvres, ils auraient le même destin ! Et ça, ça serait vraiment de l’égalitarisme premier choix. Elle est pas belle la vie ?

J’ai quelques difficultés avec les concepts philosophiques, les terminaisons en -isme qui se perdent en conjectures et en définitions.
Un cas pratique comme vous le soulevez me semble bien plus pertinent au niveau civique (me voilà en train de faire du « civisme »).

Je ne souhaitais pas amoindrir les conséquences des 7 premiers pas, je reprenais simplement votre exemple.
Vous êtes bien d’accord que plus on s’expose à une situation accidentogéne, plus elle à de chance de se produire.
Donc 3 pas de plus: c’est beaucoup, d’autant plus à partir du 7éme.
Le principe exponentiel de sanctions dont vous parlez me paraît sain et éducatif, si, et seulement si, les conséquences sont les plus proches pour tous.
Je suis ouvert au circonstances atténuentes (une urgence) et c’est bien pour cela que je souhaite une « justice » humaine et adaptée au cas par cas et non pas une automatisation à laquelle nous sommes déjà confrontés.

Non, désolé, le fait de mettre à l’index les 3 pas des « riches » tout en étant silencieux et donc d’accord avec les 7 pas des « pauvres » c’est de l’hypocrise égalitariste.

Je suis pour la règle, valable pour tous et donc automatisable mais toute règle a ses exceptions :wink:

Je ne met pas à l’index les 3 pas des « riches », je ne passe pas sous silence les 7 premiers pas des « pauvres ».

Je parle d’adapter une sanction afin de minimiser un comportement dangereux pour autrui.
Pour se faire il me semble adéquat qu’il y ait une forme d’équité, jalonné sur les conséquences pour tout les contrevenants (revenus, temps de liberté…) et ce, forcément en rapport avec le niveau de récidive.
Pour exemple :

  • première infraction = 5% des revenus (ou de temps libre)
  • deuxième = 15%
  • troisième = 33%
  • puis 66%, 99%…

Comme le souligné @pvincent, sans salaire maximum la formule n’est pas encore optimale.

Vous le voyez bien, je ne parle pas de couper la tête à qui que ce soit.
Peut-être est-ce de l’égalitarisme. Est-ce mal? Surtout pour la justice ?

PS: Ne me parlez pas « d’usine à gaz » à l’heure de l’impôt à la source.

1 J'aime

Dans ton exemple, le pauvre serait motivé à la 7e contravention à 128€, et le riche à la 10e à 1024€.
Ton exemple est d’abord biaisé car il ne s’applique que si le pauvre n’est pas si pauvre (128€ à manquer, c’est beaucoup pour beaucoup de personnes qui ont du mal à finir le mois, donc ils seraient motivés bien avant), tandis que 1024€ c’est peu pour des millionnaires ou des milliardaires (qui en plus peuvent louer les services de chauffeurs, de taxis, etc., alors que les pauvres à la campagne n’ont pas d’alternative à leur voiture).
Si le but est qu’il y ait le moins d’infractions, d’accidents, je ne vois pas de raison de faciliter les infractions aux riches.
L’infraction doit avoir le même coût (causant les mêmes désagréments) et non le même prix pour chacun (une égalité plutôt qu’une autre…).Je pense donc aussi que le critère des revenus est bien meilleur.
Quant à la complexité administrative, elle me semble très faible par rapport à cette surveillance constante par caméra. Le service des contraventions aurait facilement un accès informatique automatique aux déclarations de revenus.
Mais une autre possibilité est la sanction temporelle, en heures de travail d’intérêt général. Là, le temps est à peu près égal en coût entre un riche et un pauvre.
Ou encore mieux une combinaison des deux punitions, monétaire et temporelle.

2 J'aime

Très bon exemple.
« Ce système qui vise à mettre tout le monde devant un pieds d’égalité sociale face aux dangers de la route est très développé dans les pays scandinaves. La méthode de calcul prend en considération la moitié du salaire net journalier ainsi que le nombre d’enfants à charge. ».
Comme quoi ce n’est pas si difficile à appliquer.

Amusant, le contrevenant Reima Kuisla qui gagne six millions d’euros par an et a le toupet de conclure : “il est impossible de vivre dans ce pays quand on est riche”…
Il confond avec l’URSS et autres dictatures bolchéviques.
Il doit signifier qu’il est impossible d’outrepasser les limites, de dépasser les bornes sans que cela lui soit aussi désagréable qu’à un pauvre.

1 J'aime

OK, @Mandeleiev et toi m’avez convaincu.
Faisons comme ça dès qu’on sera au pouvoir ! :wink:

1 J'aime

Très inspiré par les quelques interviews de Bernard Friot que j’ai vu ces derniers temps, son image du « déjà là », m’inspire fortement et me conforte dans l’idée que le pouvoir (en tant que masse) nous est déjà acquis.
Reste à savoir comment l’articuler, comment se rassembler et comment s’émanciper des croyances et des mécanismes limitants.
Chrétien et communiste revendiqué il parle d’athéisme des croyances, que je qualifierais, de sociétales.
De ce que j’en comprend, il prône un état faible et une sorte de syndicalisme universel qui passe forcément par une refonte de l’économie ( via des caisses de cotisation démocratiques et des des subventions en remplacement du prêt usurier).

2 J'aime