Manifeste féminisme

Manifeste féminisme

« Je veux une gouine comme Présidente. Je veux qu’elle ait le sida, je veux que le Premier ministre soit une tapette qui n’a pas la sécu, qu’il ait grandi quelque part où le sol est tellement plein de déchets toxiques qu’il n’a aucune chance d’échapper à la leucémie. Je veux une présidente de la République qui a avorté à 16 ans, une candidate qui ne soit pas la moindre des deux maux ; je veux une présidente de la République dont la dernière amante est morte du sida, dont l’image la hante à chaque fois qu’elle ferme les yeux, qui a pris son amante dans ses bras tout en sachant que les médecins la condamnent.

« Je veux une présidente de la République qui vit sans clim, qui a fait la queue à l’hôpital, à la CAF et au Pôle Emploi, qui a été chômeuse, licenciée économique, harcelée sexuellement, tabassée à cause de son homosexualité, et expulsée. Je veux quelqu’une qui a passé la nuit au trou, chez qui on a fait brûler une croix et qui a survécu à un viol. Je veux qu’elle ait été amoureuse et blessée, qu’elle ait du respect pour le sexe, qu’elle ait fait des erreurs et en ait tiré des leçons.

« Je veux que le président de la République soit une femme noire. Je veux qu’elle ait des dents pourries et un sacré caractère, qu’elle ait déjà goûté à à cette infâme bouffe d’hôpital, qu’elle soit trans, qu’elle se soit droguée et désintoxiquée. Je veux qu’elle ait pratiqué la désobéissance civile. Et je veux savoir pourquoi ce que je demande n’est pas possible; pourquoi on nous a fait gober qu’un président est toujours une marionnette: toujours un micheton et jamais une pute. Toujours un patron et jamais un travailleur. Toujours menteur, toujours voleur, et jamais puni.»

Zoe Leonard


Nous féministes intersectionnelles luttons pour que tout cela soit possible, pour que le pouvoir soit partagé ou détruit, qu’il n’y ait plus de hiérarchie de classe, de genre ni de race.

L’intersectionnalité est un concept tiré de l’afroféminisme afin de mieux comprendre les spécificités des oppressions multiples vécues par une même personne . Une femme noire ne subit pas séparément le sexisme et le racisme, mais une imbrication des deux qui se renforcent l’un l’autre.

Par extension le prisme intersectionnel prend en compte la globalité d’une personne subissant à la fois le sexisme, le racisme, le classisme, l’homophobie, le validisme, la transphobie etc.

Historiquement la lutte féministe occidentale s’est focalisée sur les oppressions de genre, mais depuis quelques décennies, le mouvement des féministes intersectionelles s’est enrichie des luttes décoloniales, afroféministes, queer et tout un spectre de féminismes pluriels.

Le genre est une construction sociale. La société nous assigne un rôle et des caractéristiques basées sur le sexe biologique. Les filles sont censées être naturellement bienveillantes, conciliantes, discrètes, douces, émotives et attentives aux autres… Les garçons sont considérés naturellement forts, courageux, protecteurs, leadeurs, logiques et aventuriers… Ces caractéristiques culturellement assignées placent implicitement les hommes dans une position dominante et enferme les personnes dans un carcan essentialiste. La maternité par exemple n’est pas le fondement de l’identité féminine. De la même manière qu’un homme reste un homme même quand il pleure.

Or, nous savons aujourd’hui que le genre et même le sexe biologique ne sont pas binaires, mais s’inscrivent dans un spectre. Nous pouvons par exemple naître avec un sexe biologique féminin et que cela ne corresponde pas à notre ressenti.

Le patriarcat est le système basé sur l’oppression de genre qui s’exerce sur toutes les personnes sexisées (subissant le sexisme). Ce sont les femmes de par l’infériorité de leur position de genre dans la société, mais aussi toutes les personnes qui ne s’inscrivent pas dans la norme binaire homme/femme, hétérosexuelle etc.

Cette oppression se manifeste par toute sorte de discriminations et de violences. Elle est intégrée dès la petite enfance et se renforce par la culture sexiste dans laquelle on évolue. Nous sommes tou.te.s sexistes par imprégnation sociale, de la même façon que nous sommes tou.te.s racistes.

Ces violences sont par conséquent multiples et omniprésentes dans les institutions, dans l’espace public, dans le travail, dans la santé, dans la famille, dans la maison, dans le couple, dans nos corps et dans notre propre identité. A la Réunion, elles s’organisent et s’appuient en plus sur le système colonial en place.

La conséquence directe de ces oppressions dans la sphère publique est la précarité économique et sociale. Les personnes sexisées occupent les postes les plus mal payés, les plus éprouvants, les plus dévalorisés et paradoxalement les plus importants au maintien de la vie.

Dans la sphère privée, le patriarcat a la main mise sur nos corps et nos choix. Une sorte de morale paternaliste veille à la conformité de nos choix relationnels, familiaux, sexuels et corporels. Par exemple, une femme qui n’obéit pas à ces règles est considérée comme mauvaise femme/amie/mère/fille. Elle sera punie socialement et économiquement, c’est le cas de nos adelphes trans et toute la communauté queer ansi que les travailleureuses du sexe, les femmes voilées… Nous luttons pour le respect des choix éclairés de chaque personne.

La lutte féministe est un cheminement qui rencontre toutes sortes d’embûches. La première étant la déconstruction de nos propres préjugés sexistes et la prise en considération de l’importance du féminisme en tant que lutte spécifique.

Elle ne peut pas être réduite à un combat plus général comme « l’humanisme », car ceci reviendrait à invisibiliser les spécificités des oppressions de genre.

Nous appelons à la lutte collective face à toute sorte d’oppression sans hiérarchisation.

Nous sommes conscientes de la difficulté d’articuler les discours théoriques et la réalité du terrain, le but est de tendre vers une véritable remise en question de nos pensées et de nos actes aussi bien dans la sphère publique que dans la sphère privée.

Cela se traduit entre autres par écouter les personnes concernées, refléchir à nos représentations ainsi que soutenir les personnes en lutte.

Nous expérimentons quotidiennement dans tous les milieux sociaux et même dans les cercles militants le mépris et la déconsidération de cette lutte, voire l’invisibilisation des oppressions de genre. Malheureusement ce manque d’intersectionnalité dans les luttes rend impossible une véritable convergence puisque la révolution sera féministe ou ne sera pas. Le féminisme pour nous est forcément radical, il ne cherche pas à réaménager ou réformer le système patriarcal, mais à le détruire.


In limiér nwar

(...)
Ou lé fanm é ou lé nwar
Kom in doub pèn i sa amar out pyé
An défrizaz si out sové la rod klèrsi out zistwar
Ésèy fé krwar out kèr li dwa èt dominé

Ant lo pwa out ras
É lo pwa out fanmité
Sora Difisil trouv in plas
Pou out po kolonizé

Ou lé konm lébène Madagaskar
In lobèn ton po koulèr nwar
Kinm délé la mélanz sanm kafé
Ni oubli pa son lodèr griyé

(...)

Mon zanfan ou lé zoli
Ton sové niaz
Ton po lonbraz

Sofkoman va fé mazinansé
Ou lé tro ou pa asé
Lèrk mi koz
Lo mélanine i koz ankor pou lo kafrine
Kafrine do fé, kafrine la brèz
Ali mèm kap fé lèv fonnkèr sanm fonnpèr
In dégizman fanm anmiélé démounizé
In dégizman fanm an kouyon an robélion
(...)*
Angry black woman, pou zot in fanm an kolèr ou na lo tré
Sanm ton touf largé, ton liberté toué là pou krié
Èt zis sak ou lé, i pé fé ankor kozé
In sizé ralé pousé

Mé Out bous ginyra pi ténir, fodra li rakont
Out zistwar lamour pou sak ou lé
Si lo brital out somin fèknèt na pi la ont
Out libérasyon fanm nwar sora pi zamé amaré

Ou va antann azot koz drwa fanm
Mé zamé ou va vwar zot done aou la parol
Zamé ou vwar zot akout out parol
Akoz Lontan fanm nwar lété vann

Swadizan fanm nwar té zakavol
Kèl koté sapé , kèl koté viré
Kan lo zonm out prop ras i di out gèl dwa rès také?
La garot nout bann lanbisyon

Dann in pasé an ravodri
Sou prétèks pé pa lèv kafrine an paviyon
Sa mèm sora la flanm out révolt, mersi
La salèr dofé

Kan li bril pa li résof
Mé pangar zot zèl
Dovan la flam i dans
Pangar, nou lèv
Pangar, nout bann fiy i lèv.
(...)
La pa bezwin ou mèt zip
La pa bezwin ou ou mèt talon
La pa bezwin non pli dégiz an garson
La pa bezwin ou lis out sové
La pa bezwin ou giny dansé
Pou ou mi domand la liberté
La pwin ryin ou lé pa kap fé
La pwin ryin ou lé pa kap di...
Mon zanfan lo mond ta ou
La pwin la plas ta pa ou si ou la swazi
Mon zoli ti fiy
San margozri
Plin la vi
Ton sové niaz
Ton po lonbraz
An fanal sanm ton gayar
In fanm nwar ou sora.
(...)

LOULKÉR

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wow, sacré texte, puissant.
le texte en kréol aussi est une pépite.
c’est beau, poétique, fort.

à mettre en valeur, à diffuser, à repartager…
grand merci @domie

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