Les services publics - troisième billet de la ménagère révoltée

Publié sur la page facebook des Révoltés du 974, le 25 octobre 2020 :

« SERVICES PUBLICS » (:warning: à ne surtout pas confondre avec le service qui est rendu au public :shushing_face:) :

« Les services publics sont exercés par l’Etat ou les collectivités territoriales ou encore par tout organisme privé ou public doté des prérogatives lui permettant d’assurer cette mission. Le service public désigne également l’organisme qui a en charge de réaliser ses services d’intérêt général.»
Wikiquelquechose.

S’il y a une confusion que tout citoyen doit éviter, c’est de croire que le service public est / serait / pourrait être / devrait être… un service rendu au public. À la population citoyenne. Ça n’a rien à voir ! Tenez :

Le service public ? C’est : on est des fonctionnaires. On traite des affaires d’intérêt général (putain c’est important l’intérêt général…). On exécute les ordres que nous transmettent les responsables de nos collectivités. On est bien entre nous (c’est important le climat de travail pour la productivité), on bénéficie des modestes avantages que nous doit ce souci de l’intérêt général : un emploi sûr, un salaire correctement indexé, une reconnaissance sociale réjouissante…

Le service au public ? Ce serait plutôt trop souvent : Merde, c’est quoi ces emmerdeurs ? On était tranquilles à faire entre nous ce qu’on doit faire, échanger des dossiers, nous retrouver en réunions pour fixer les dates des prochaines réunions, nous envoyer des mails, boire notre café à la pause et aller chercher notre barquette à 11 h 45 avant la cohue. Pourquoi faut-il être toujours dérangé, au téléphone, à l’accueil, au guichet ?

Et c’est chacun dans son secteur !

  • Les profs : ce serait bien l’enseignement si y avait pas tous ces élèves, chaque jour… tous les jours de la semaine… Et ces parents… de quoi ils se mêlent… insupportables !
  • La CAF, la Sécu et les autres similaires : On serait drôlement bien ensemble si on nous foutait la paix, on pourrait remplir nos formulaires consciencieusement, traiter les affaires à tête reposée, mais avec tous ces allocataires qui viennent nous compliquer l’existence, avec leur rendez-vous…
  • Les flics : y’en a marre de ces pleurnicheurs qui rappliquent pour porter plainte… Et tous ces délinquants qui nous font des misères… On a autre chose à faire, nous ! Faut bien se détendre un peu : le foot, les bagnoles, les gonzesses…
  • Les tribunaux : Ah les justiciables, quelle plaie. Comment voulez-vous qu’on s’occupe posément du droit, de la justice, qu’on compare nos jurisprudences, qu’on prononce nos ordonnances, qu’on discute fraternellement et paisiblement entre magistrats, avocats, greffiers et auxiliaires mineurs… qu’on prépare nos voyages à Mada… Les justiciables ? ils refusent de comprendre qu’ils sont de trop dans nos affaires délicates…

Tous ensemble : En plus du boulot accablant, on a juste nos réunions de loges. Est-ce que tout ce public oppressif ne pourrait pas nous foutre la paix ?

Vous pensez que c’est une plaisanterie ? Pas vraiment. Essayez pour voir :
Essayez d’envoyer un courrier de demande quelconque dans un service public, (et je n’ose même pas suggérer « au public »…). Même pas la variante d’un courrier écrit sur du vrai papier avec AR… Non ! Seulement quelques lignes expédiées par courriel !

Et attendez une réaction… attendez j’ai dit ! Oui : ATTENDEZ ! peut-être une réaction… un accusé de réception. Oh ! Au mieux, juste la signature AR que vous renvoie la poste dans l’éventualité la plus exaltante. Mais pour le reste, continuez donc à attendre ! Vous souhaitiez quoi ? un formulaire automatique (pourquoi pas) de savoir-vivre et d’urbanité ? une réponse de principe ? un mot de reconnaissance et de politesse ? une réponse tenant compte du contenu de votre requête ? un rendez-vous de travail ? Que sais-je… Vous rêvez, vous pouvez toujours courir. Y a rien. Nothing. Nichts. Niente. Vous avez à faire à un service public ! … Ils sont pourtant des cohortes, une armée, dans tous les domaines possibles… services de l’état, préfecture, ministère public, services de la région ou du département, services des mairies, intercommunalités, etc. Rien !

Je vous vois venir ! Face au mutisme répétitif de ces institutions apparemment défaillantes, dans quelque secteur ou ministère que ça puisse se produire, vous pouvez être plutôt gentil et compréhensif : « ils ont peut-être égaré mon courrier… » Ça peut arriver avec ces coursiers incompétents. Pourtant avec l’Internet… Ils sont débordés de demandes de toute nature… les pauvres. Ils n’ont pas suffisamment de temps. Vous recommencez, une fois, deux fois, dix fois… Toujours rien ! Là vous devenez moins gentils : vous allez penser à une négligence de plus en plus intolérable, « ma parole, ils se foutent de nous » ! Vous commencez à suspecter de la malhonnêteté crasse, … Vous allez peut-être y déceler même un exemple d’incivilité, voire de l’incivisme flagrant, en contradiction avec toutes les valeurs officielles et républicaines dont se glorifient les hautes sphères…

Ça vous donne envie de dénoncer auprès du procureur cette désinvolture, ce manque de responsabilité institutionnelle… Surtout n’en faites rien, ne perdez pas plus votre temps. N’écrivez rien, c’est inutile. Les services du procureur ne vous répondront pas. C’est logique. (Voir plus haut).

Bon, restent votre colère et vos larmes. Mais croyez-moi, c’est de votre faute !

Vous avez cru naïvement que le service public était au service du public… dont vous faites partie ! Quelle candeur ! Ça n’a rien à voir. On vous le disait en tête de cet article. Vous avez confondu service public et service au public. Le service public ? Il est à son propre service : c’est ça l’intérêt général. C’est tout. Et vous, pour le reste, allez vous faire voir…

no comment

1 J'aime