L'école idéale

Plus on se lamente sur les dysfonctionnements de la société et plus on cherche les causes de ces dysfonctionnements, plus on en revient à … l’éducation.

Alors je lance ce fil de discussion pour demander, selon votre propre expérience d’anciens élèves, ou pour certains d’enseignants, de formateurs, dans quelque milieu professionnel que ce soit : comment serait l’école idéale selon vous ? Pas forcément dans le lieu « école » d’ailleurs …

Merci, c’est sympa comme idée de réfléchir à ce que serait une école idéale. :clap:

Première idée : une école idéale devrait être un lieu de partage des connaissances et d’expérimentation constante. Doit-on distinguer par classe d’age ou par matière bien défini, je ne sais pas trop :thinking:

J’imagine plutôt un vaste choix de compétences proposées et enseignées par une ou plusieurs personnes expérimentées. L’écolier ou un groupe d’écoliers pourrait suivre une de ces compétences soit de manière ponctuelle, soit récurrente. Certaines compétences pourraient être graduées par niveau successif (ex: niveau de plongée attestant des capacités). Le tout offert par la collectivité et sans nécessairement imposer un parcours commun. La sélection des personnes expérimentées pourrait être effectuée par les pairs ou par un groupe suffisant de citoyens amateurs. Ainsi, toutes compétences issues de tout type de métiers (boulanger, plombier, informaticien, poète, sportif, infirmier, etc) pourraient être représentées.

Voilà, juste des idées en l’air…,
Il y a probablement des grands penseurs de l’éducation et je suis plutôt preneur des idées des autres, car peu averti de cette thématique.

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Je m’étonne que tu n’aies pas proposé ta vision de l’école idéale. Pourquoi ce choix de ne rien dire ?

Pour ma part, l’école idéale, je suis convaincu qu’elle doit être démocratique… :

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Il me semble que l’ENA fonctionne de cette manière. Il n’y a pas de professeurs en nombre limité enseignant un nombre limité de matières mais un vaste ensemble d’intervenants (je crois me souvenir avoir lu quelque chose comme 1500 personnes références) qui font des conférences ponctuelles ou répétées.

J’ai conscience de trop parler/écrire et je dois davantage écouter les autres.

Mais je peux quand même dire que toute culture commence par la maîtrise de la langue. Au primaire, c’est donc là-dessus qu’il faut absolument insister.
Je peux également ajouter que des linguistes ont indiqué que les mots précèdent les pensées, c’est-à-dire qu’on ne peut pas construire une pensée complexe si on n’a pas les outils linguistiques pour la concevoir.

Tu prêches un convaincu étant donné ma sensibilité « démocratique absolue » (pour ne pas dire « anarchiste »). :wink: Merci pour le lien; je vais lire le document tout de suite … !

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J’ai lu et j’adhère ! Merci pour ce texte @eccolulo !

On me dira que [l’école démocratique] est une utopie mais le besoin de la voir se réaliser ne se fait-il pas, jour après jour, de plus en plus pressant ?

Je commente simplement par : « Utopique ne veut pas dire impossible mais simplement : qui n’est pas encore réalisé. »

Ce qui me fait penser à une citation de Mark Twain :

« Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait. »

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Ravi que ça t’ait intéressé.

L’utopie désigne ce qui n’a pas (eu) de lieu, donc ce qui n’a pas (eu) de réalité. Rien n’est dit quant à une possibilité ultérieure. Elle existe ou pas. On peut y croire ou pas. C’est une autre problématique.

L’écoute n’est pas quelque chose de quantitatif. Cette forme de pensée ressortit à la modernité (avidité, usure, marchandisation etc.). Tu n’as pas, je crois, à te tracasser avec ça mais bien plutôt avec la qualité. Il s’agit toujours de mieux écouter. Et souvent cette meilleure écoute s’obtient par la disposition à entendre ce qui nous remet en question et qu’on préfèrerait ne pas entendre, justement :wink:

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L’émission « On en parle » sur la 1ere parlait ce soir de l’école et de la difficulté du métier enseignant. Je suis intervenu plutôt sur la fin pour dire ma façon de penser.

Je précise que j’ai indiqué avoir commencé dans l’E.N. il y a 40 ans environ (en 1983) mais je n’ai pas eu 40 ans de carrière, ne serait-ce que parce que j’ai travaillé essentiellement à mi-temps :wink:

Je suis d’accord.

Je suis également d’accord avec ça !

Je reviens sur l’article « L’éducation démocratique est-elle une utopie ? »
Vincent Peillon y est cité. Je pense que c’était illusoire de compter sur ce monsieur pour rendre l’école démocratique compte tenu de son appartenance à deux communautarismes : franc-maçon et juif. D’une part on a une oligarchie qui se réunit dans la discrétion (pour ne pas dire le secret) alors qu’ils ont pris le pouvoir depuis plus de deux cents ans et d’autre part une religion racialiste qui prêche qu’un peuple élu est au-dessus de tous les autres.
Je ne vois pas la démocratie émerger de telles pratiques ou de telles croyances.

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Les anarchistes (selon la terminologie habituelle ou selon qu’on les appelle « démocrates radicaux » ou « démocrates absolus ») ont voulu favoriser au maximum l’autonomie de l’élève, nous dit Thomas Déri dans l’ouvrage « L’anarchie expliquée à mon père » de Francis Dupuis-Déri.

On peut citer :

Chose curieuse pour le Wikipédia en français, d’ordinaire si discret sur le sujet, les trois premiers personnages (Paul Robin, Sébastien Faure et Francisco Ferrer) sont présentés comme francs-maçons ; outre le fait d’être libertaires-anarchistes.

L’affichage maçon dans Wikipedia peut se comprendre comme le désir de s’attribuer le mérite.
En tout état de cause, ce qu’il importe de voir ici c’est la continuité et naturelle et logique entre les promoteurs de la Révolution et l’anarchisme.

L’idée est vraiment de couper l’Homme de ses racines (religieuses), de ses traditions présentées comme des aliénations pour lui donner accroire qu’il peut s’auto-organiser en faisant fi de son passé, donc de son identité. On comprend l’intérêt d’éduquer le marmaille dans ce contexte où il est radicalement coupé du passé et pourra donc l’oublier complètement tout en se convaincant que la démocratie ça marche parce qu’il acceptera de considérer que les puissants (adultes) qui encadrent ce jeu, ça ne compte pas.
C’est exactement pareil pour ce qu’on nous vend comme de la démocratie actuellement. On fait comme si le vote était toute l’affaire, sans voir que c’est la puissance (financière) qui décide de l’issue du jeu.

Donc, en fait, l’éducation à la démocratie constitue le plus efficace des lavages de cerveaux dès lors qu’il ne s’accompagne pas d’une éducation à la lutte contre les stratégies de perversion de ce système par les « puissances de ce monde », dont Macron est le parfait représentant.

L’anarchisme constitue la fine pointe de ce système d’illusion libertaire avec lequel on mène les foules. Grosso modo, la séduction anarchique consiste à vendre du sentiment d’agence (de liberté de ses actes) exactement comme dans l’histoire les « révolutionnaires » ont toujours mobilisé par la promesse (et l’actualité) de la liberté sexuelle. On en est maintenant aux promesses de dégagement de l’être des contraintes du biologique : transgenre, transspécisme, transhumanisme.

C’est peu de dire que ce « no limits » fait craindre un « no future » pour l’humain.

Je pense aussi que c’est pour s’attribuer les mérites des luttes (et avancées) anarchistes ; ou éventuellement pour salir les anarchistes sincères et provoquer le doute chez les anarchistes potentiels pour qui l’appartenance à cette structure hiérarchique (à 33 degrés) qu’est la franc-maçonnerie provoquerait une incohérence, voire une dissonance cognitive.

L’athéisme occidental est clairement anticlérical, donc anticatholique puisque c’est historiquement la religion et l’Église dominante en Occident.

Mais l’anarchisme ne se contente pas de vouloir changer de chefs (comme les « révolutionnaires »), il a pour objet de se passer de chefs.

J’ajoute que l’anarchisme est tout aussi multiple que les hiérarchies/les autoritarismes. Certaines formes sont accompagnées de spiritualité (avec des guides spirituels, avec des croyances et éthiques religieuses) d’autres sont athées.

Pour preuve/comme exemple, je vais encore citer un extrait du livre de Francis Dupuis-Déri et Thomas Déri « L’anarchie expliquée à mon père ». Cet extrait (issu de la page 117) parle de la rencontre entre l’anarchisme « façon société première » et l’anarchisme moderne, occidental, du XIXème siècle, athée.

Francis : […] Mais du côté des anarchistes que je
connais, j’ai vu très peu de discussions ou de débats au sujet de la religion
et de Dieu. Il est en général pris pour acquis que les anarchistes sont
athées et que la religion est un problème plutôt qu’une solution. La
question se complique lorsqu’il est question d’alliances entre des
anarchistes et des militantes et militants des luttes de résistance
autochtones dans les Amériques. Souvent, en effet, ces luttes s’inspirent
fortement de la spiritualité traditionnelle autochtone, des valeurs comme
la solidarité et l’entraide et des pratiques délibératives traditionnelles.
Dans les faits, respecter sincèrement cette mouvance s’avère difficile pour
des anarchistes de tradition occidentale, plutôt matérialistes et méfiants
envers toute forme de croyance et de pratique spirituelle. Une militante
anarchiste anthropologue, Erica Lagalisse, a constaté, lors d’une tournée
au Québec de deux Autochtones du Guatemala organisée par des
anarchistes, que les camarades trouvaient très impressionnants les
témoignages de l’homme, Juan, qui avait une expérience du syndicalisme
révolutionnaire, mais restaient mal à l’aise face à la femme, Magdalena,
qui rapportait plusieurs expériences militantes en insistant sur les
pratiques et leurs significations spirituelles. De très nombreuses femmes
autochtones en Amérique latine sont des actrices importantes des luttes de
résistance et de contestation, mais leur militantisme va souvent de pair
avec une intense spiritualité. Erica Lagalisse propose donc un nouveau
concept, l’«anarch a-indigénisme» (plutôt qu’«anarch o-indigénisme») en
référence à l’anarch a-féminisme, pour souligner l’importance de ces
femmes.

Les républicains laïques, francs-maçons, n’ont pas attendu les anarchistes pour ce faire.

Le commencement de ce mensonge a été daté (par Francis Dupuis-Déri justement) : 1828 pour ce qui concerne les Etats-Unis (la campagne électorale de Jackson qui a utilisé ce terme de façon démagogique pour attirer les votes des électeurs pauvres) et 1848 pour la France quand on est passé du suffrage censitaire (réservé aux hommes riches qui payaient le cens) au suffrage universel masculin (où les hommes pauvres et riches élisaient, côte à côte, leurs nouveaux maîtres).

Le début de ta phrase est choquante sachant que tu es un défenseur/promoteur de l’école démocratique depuis plus de vingt ans.

La deuxième partie de la phrase mérite d’être développée !

Les anarchistes s’opposant à toutes les formes de domination (Etat, capitalisme, finance, patriarcat, Eglise, etc.), cela devrait s’inscrire dans ce que tu évoques"la lutte contre les stratégies de perversion de ce système par les « puissances de ce monde »", non ?

Je ne suis pas d’accord avec cette affirmation même si je ne doute pas que le pouvoir a infiltré ou tenté d’infiltrer tout mouvement représentant une menace potentielle.
Dernier exemple : « les gilets jaunes » infiltrés par La France Insoumise.

Les anarchistes individualistes correspondent à cette description (même si formulée avec connotation péjorative).
Mais pour tous les autres anarchistes, c’est la décision collective qui prime. Avec recherche du consensus, de l’unanimité.

Francis Dupuis-Déri en parle effectivement dans son livre. L’anarchisme moderne s’oppose au patriarcat (surtout les anarcha-féministes) et promeut l’égalité (par exemple : ils ont été les premiers à promouvoir les écoles mixtes) et la liberté sexuelle.

A ma connaissance, nulle trace de ces concepts dans l’anarchisme.

Je crois simplement que la sexualité libertaire accepte toutes les orientations sexuelles et toutes les formes d’unions libres entre hommes et femmes.

Mais je n’ai lu aucune référence à des biotechnologies pour la transformation de l’humain.

Qu’est-ce que cette expression, « l’éducation démocratique », désigne exactement s’il te plaît ?
Comment l’appliquer concrètement dans une classe ?
Est-ce que la pédagogie Freinet entre dans cette définition.

Dans le documentaire « Démocratie(s) » réalisé par Data Gueule, un chapitre est consacré à l’apprentissage de la démocratie à l’école. Cela commence à 57’33’’ :

On notera que même dans une école Freinet, même lors des séances d’assemblée démocratique, l’une des professeurs a du mal à demander le bâton de parole. L’égalité adulte-enfant, professeur-élève, n’est pas un réflexe chez elle. Il faut faire un effort permanent pour sortir de son conditionnement hiérarchique. L’égalité politique doit s’apprendre dès le plus jeune âge.

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Désolé pour le temps de réaction, je n’avais pas vu…
L’éducation démocratique c’est comme son nom l’indique.
En classe c’est l’idée que les régles sont discutées, co-construites et validées par le groupe plutôt qu’imposées l’adulte (idem pour une famille).
Je ne connais pas suffisamment la pédagogie Freinet.
« Libres enfants de Summerhill » (titre du livre) me semble entrer dans ce cadre

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J’en ai entendu parler (en bien !) et je vais creuser. Merci pour le rappel.

« Summerhill, c’est l’aventure d’une école autogérée fondée en 1921 dans la région de Londres. Son fondateur, [le psychanalyste] A. S. Neill […], a mis les découvertes psychanalytiques au service de l’éducation. [Il] s’est dressé contre l’école traditionnelle soucieuse d’instruire mais non d’éduquer. Il s’est dressé contre les parents hantés par le critère du succès (l’argent). Il s’est insurgé contre un système social qui forme, dit-il, des individus “manipulés” et dociles, nécessaires à l’ensemble bureaucratique hautement hiérarchisé de notre ère industrielle », écrit Maud Mannoni dans sa préface.
Libres Enfants de Summerhill, publié aux éditions François Maspero en 1970, dix ans après sa première publication à New York et dans le bouillonnement de l’après-Mai 68, est devenu en quelques années un best-seller et s’est vendu à plus de 400 000 exemplaires. Depuis sa parution, l’expérience éducative originale décrite dans cet ouvrage a suscité de nombreux débats pédagogiques et contribué à lancer la question des droits de l’enfant. L’école autogérée de Summerhill, malgré les controverses dont elle a pu et continue de faire l’objet, accueille toujours des pensionnaires.

Source : Libres enfants de Summerhill - Alexander S. Neill - Éditions La Découverte

J’avoue être d’autant plus stupéfait par notre loooongue discussion à propos de l’anarchisme que, par ailleurs, tu es un défenseur de la démocratie et plus particulièrement de la démocratie apprise dès le plus jeune âge, à l’école. Une école autogérée qui plus est.

Je suis stupéfait par ton acharnement à vouloir démontrer l’impossibilité théorique, voire par ton hostilité (comme j’ai pu le ressentir avec l’expression « Tu vends du rêve »), parce que, de mon point de vue, l’anarchie est la forme ultime de la démocratie, l’aboutissement en quelque sorte, l’idéal vers lequel tendre même si on ne l’atteint pas à 100%. Tu as d’ailleurs utilisé un terme mathématique, qui me convient bien, pour décrire cela (cf. Misère de l'anarchisme ! - #139 par eccolulo) …

On peut juste ainsi imaginer une approche seulement asymptotique de cette limite théorique qui ne sera jamais atteinte.

… en rapport avec l’une des multiples définitions de l’anarchisme, donnée par Harold Barclay dans « Peuples sans gouvernement »:

« L’anarchisme est la philosophie politique qui préconise la maximisation de la responsabilité individuelle et la réduction du pouvoir concentré — régalien, dictatorial, parlementaire : les institutions qui portent vaguement le nom de « gouvernement » — à un minimum évanescent »

Je suis moi-même favorable à une éducation démocratique pour apprendre aux enfants, futurs adultes, à coopérer, à cogérer, à dépasser le seuil de 50% d’accord entre les membres d’une société et à tendre vers l’accord de 100% quand bien même on n’obtiendrait « que » 80% comme dans des communes/communautés de quelques milliers de personnes comme Marinaleda en Espagne.

Je n’ai pas lu en détail l’ensemble de la discussion, mais il me semble que vous ne rattachez pas la question liée à l’école à une question plus générale, par exemple l’école POUR QUOI FAIRE. En effet nous risquons de reproduire un même modèle de civilisation si nous nous posons pas la question du POUR QUOI (en deux mots, c-a-d dans quels buts).

Actuellement l’école sert principalement à une seule chose : former des corps et des têtes à vivre pour travailler à produire. Pour les parents, déposer les enfants à l’école permet de se libérer pour se rendre au travail.

Si maintenant on injecte la démocratie dans les lieux d’apprentissage, il n’empêche que le cadre extérieur qui a déjà été fixé par nos institutions oriente les apprenants directement vers le travail productif. Donc on doit se poser la question de l’école idéale tout en la resituant à l’intérieur du cadre, par exemple politique ou économique, qui l’englobe.

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Globalement, je dirais :

  • pour une certaine instruction
  • et pour une certaine éducation.

L’instruction, ce sont les connaissances. A dispenser progressivement, selon l’âge des élèves.

En 2017, j’avais compilé, sur mon blog, les propositions de plusieurs penseurs qui me semblaient intéressantes.

"L’école de la petite enfance", ou « école maternelle », correspond au développement de l’enfant jusqu’au « changement de dentition » (Rudolf Steiner). L’enfant est alors au « stade sensorimoteur » (Jean Piaget); c’est-à-dire qu’il découvre le monde qui l’entoure par ses cinq sens (vue, ouïe, toucher, odorat, goût) et ses actions. Il faut donc avoir une approche naturelle de l’enseignement (observation de la nature, jardinage, etc.), « sans contrainte » (Jean-Jacques Rousseau) tout en offrant aux élèves un environnement sécurisé, soigné, adapté, avec des activités que les enfants seront libres de choisir (Maria Montessori).

"L’école de l’enfance", ou « école élémentaire », sera celle où l’on enseigne la langue nationale. Elle ira jusqu’à la puberté (Steiner). Ce stade de développement est celui des opérations concrètes où l’enfant raisonne à partir d’objets concrets (Piaget). Il sera fondamental de lire couramment (en comprenant ce qu’on lit), d’apprendre à écrire, à calculer, à mesurer, etc. (pour reprendre l’essentiel de ce qui est recommandé par Comenius). Cet apprentissage s’appuiera sur des productions concrètes : texte libre, imprimerie, correspondance, fichiers auto-correctifs, réunion coopérative, etc. (comme recommandé par Célestin Freinet) et des manipulations mathématiques correspondant à la vie courante.

La maîtrise de la langue, orale puis écrite, doit être la priorité absolue. Son apprentissage doit être diversifié : découverte d’œuvres sonores et écrites, analyse du fonctionnement de la langue, mais surtout productions variées réalisées par les élèves, seuls ou en groupes, etc.

Et pour avoir « un esprit sain dans un corps sain » (pour reprendre l’expression du poète satirique Juvénal), il ne faudra pas oublier les exercices physiques mais adaptés à l’âge du pratiquant, comme le préconisait Aristote.
Dénonçant les excès de l’athlétisme observés dans les Jeux Olympiques, il distinguait :

  • la gymnastique « préparatoire » avant la puberté avec des exercices faciles, une alimentation libre et pas de travaux contraignants faisant obstacle à la croissance;
  • de la gymnastique « supérieure » avec des exercices exigeants et une alimentation contrôlée en quantité et qualité.

"L’école de l’adolescence" durera jusqu’à l’âge adulte. A ce stade, l’élève est capable d’émettre des hypothèses et de faire des déductions à partir de propositions abstraites (Piaget). De plus , « Il est nécessaire que l’école tienne davantage compte des aptitudes individuelles et se rapproche de l’idéal de l’école sur-mesure. » (Édouard Claparède). Il devra donc y avoir un tronc commun pour préparer l’adolescent à être un citoyen dès son entrée dans l’âge adulte, tout en lui proposant des enseignements spécifiques (sans hiérarchie imposée) en fonction de ses capacités individuelles et de ses désirs personnels.

Selon l’adage, « Nul n’est censé ignorer la loi », le tronc commun portera sur la connaissance des « règles du jeu » de la société (la Constitution, le fonctionnement des institutions, un minimum de vocabulaire juridique pour comprendre les lois ou, plus tard, proposer des lois, etc.). En d’autres termes : une initiation aux sciences politiques (droit, histoire, sociologie, géographie, économie, finance) pour être lucide sur le monde qui nous entoure une fois « lâchés » dans la vie.

Les parties spécifiques correspondront aux différents types d’intelligence qui devraient être également valorisés. Le psychologue Howard Gardner en dénombre huit ou neuf :

  1. Intelligence linguistique
  2. Intelligence logico-mathématique
  3. Intelligence spatiale
  4. Intelligence intra-personnelle
  5. Intelligence interpersonnelle
  6. Intelligence corporelle-kinesthésique
  7. Intelligence musicale
  8. Intelligence naturaliste
  9. Intelligence existentielle (ou spirituelle)

De nos jours, seuls les deux premiers types d’intelligence sont mis en valeur. Par exemple, lors des évaluations nationales de l’Éducation Nationale, on n’évalue que « français » et « mathématiques » alors que la moitié du temps scolaire est effectué à enseigner d’autres disciplines, comme exigé par les programmes officiels.

"L’école de l’âge adulte" sera partagée entre l’académie et les voyages. En plus de leur formation professionnelle spécialisée, les étudiants pourront s’initier à la philosophie (présentation générale puis approfondissement selon leur inclinaison personnelle). Grâce aux voyages, les étudiants pourront ouvrir leur esprit en comparant les cultures, les modes de vies et les pratiques professionnelles des autres nations.

L’éducation correspond davantage à l’éthique, au comportement, aux relations sociales. C’est là où l’école démocratique, à la façon de Summerhill ou d’après Célestin Piaget, sont des pistes/des modèles enthousiasmants.

A la question, « L’éducation doit-elle se limiter à l’instruction ou inclure une morale imposée ? », le point de vue de Condorcet était :

« Aucun pouvoir public ne doit avoir l’autorité, ni même le crédit, d’empêcher le développement de vérités nouvelles, l’enseignement des théories contraires à sa politique particulière ou à ses intérêts momentanés. »

Favoriser l’autonomie (créer ses règles soi-même), collectivement, ce qui est le propre de la démocratie, me semble donc tout à fait pertinent.