Le racisme, la haine et les péchés capitaux

Une amie FB souvent bien inspirée mais parfois égarée dans de vaines attaques anticléricales a publié ce scud attribué à Jacques Prévert et au regard duquel la notion de péché capital apparaît inepte :

" Le racisme et la haine ne sont pas inscrits dans les péchés capitaux. Ce sont pourtant les pires. "


(Prévert, par Robert Doisneau, 1953)

Voici ce que je lui ai répondu… :

" Je ne suis pas un spécialiste, ce qui suit est juste mon opinion (Hello @jeronimo.sanchez :wink: ) mais disons qu’il semble d’emblée évident que Prévert est un poète, pas un penseur systématique. On lui pardonnera donc d’ignorer que la liste des péchés capitaux concerne les fidèles de l’Eglise qui, en tant que tels, ne sont pas sans savoir, depuis Saint Paul, que tous les croyants en Christ sont leurs frères.

Le distinguo que font les peuples chrétiens n’est pas la race (ce que font les juifs) mais la foi. Il y a donc les fidèles et les païens. Point barre. La race n’entre pas en ligne de compte. Qui plus est le racisme ne saurait constituer un péché capital dans la mesure où il s’agit seulement d’une justification à prétention scientifique apparue au XIXe, longtemps après que fut constituée la liste des péchés capitaux, au début de l’ère chrétienne. Cette justification, il importe de le noter était destinée à fonder l’idée d’une supériorité des uns sur les autres. C’est donc bel et bien de l’orgueil que naît le racisme. C’est l’orgueil qui est donc ici « capital » — au sens où de lui découle une foule d’autres péchés dont le racisme fait partie. Un point pour l’Eglise, zéro pour Prévert et la foule des anticléricaux qui gloussent chaque fois que la première est attaquée même injustement.

Enfin, notons que si les juifs ont eu une place à part vis-à-vis de ce distinguo et n’ont pas simplement été rangés dans les « païens », c’est qu’ils ont des racines communes avec les chrétiens. Ils ont donc été « tolérés » dans les sociétés chrétiennes et le fait qu’ils n’aient pas eu les mêmes droits et les même devoirs que les chrétiens n’était pas du racisme. Seule la foi entrait en ligne de compte. C’est cette dernière qu’il s’agissait de protéger de ceux qui ont devoir de la maudire trois fois par jour — sans pour autant chercher à leur nuire pour cette raison (cf. les bulles papales « Sicut Judaeis… » destinées à assurer la protection des populations juives vivant parmi les chrétiens)

Idem pour l’amour : c’est la foi dans le devoir d’amour, de Dieu et du prochain qui fait proprement le chrétien. Etre chrétien c’est donc avoir toujours-déjà renoncé à la haine pour pratiquer la charité et le pardon. La liste des péchés capitaux sert seulement à attirer l’attention de ceux qui sont déjà dans cette disposition fondamentale. L’orientation qu’elle donne à la vie chrétienne n’a nul besoin d’être rappelée ou renforcée par l’évocation de son contraire. Ajouter la haine à la liste des péchés capitaux serait une redondance qui implicitement nierait l’identité entre charité et chrétienté. Ce serait donc une erreur.

Eglise 2, Prévert 0. Jeu, set et match."

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