Le concombre, le bouc et le complotiste

Afin de contribuer au caractère équilibré du débat complotistes/anticomplotistes revenu en force sur Ronkozé, je me permets de publier ici un article consacré à la question dans lequel j’explique à quel point les anticomplotistes sont mus par la même logique de bouc-émissaire qu’ils reprochent à leurs adversaires.

Avertissement : ceux qui ont besoin d’explications simples sont invités à passer leur chemin. Ici on réfléchit !

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/le-concombre-le-bouc-et-le-228849

Le concombre, le bouc et le complotiste

Les chercheurs en sciences humaines en général, les psychologues sociaux en particulier, savent que les humains sont mimétiques, intellectuellement grégaires et qu’eux-mêmes ne font pas exception à cette tendance lourde. Même s’ils se taisent généralement, ils restent pour la plupart dans le troupeau des moutons de Panurge qui hurlent avec les loups contre les « complotistes », ces fous qui sapent la bienpensance unique et obligatoire imposée par les marionnettes du pouvoir : les médias et les politiciens. Comme le martelait René Girard : « la corruption des meilleurs est la pire ».

Faire des théories c’est le b-a ba de la psychologie humaine : c’est par l’explication, c’est-à-dire, l’attribution causale que nous recherchons la maîtrise cognitive de l’environnement sans laquelle il n’est pas de sentiment de sécurité. Comme l’a si bien dit Jacques-Philippe Leyens [1], tout homme est un psychologue au sens où il élabore constamment des théories sur les raisons d’agir de ses congénères, sur leur intentions, qu’elles soient bonnes ou mauvaises. Ces « théories de l’esprit » peuvent être vraies ou fausses, mais nul ne peut se voir reproché de « faire des théories » car c’est non seulement normal, c’est nécessaire, c’est vital.

Par ailleurs, il est clair qu’organiser des actions, des menées, des complots dans le secret, afin de déjouer les résistances et prendre ainsi le contrôle à moindre frais, c’est le b-a ba de l’action humaine. La trame de l’Histoire est faite de telles machinations à tous les niveaux, dans tous les domaines. Dès lors, comme l’a reconnu par exemple le chercheur Jan-Willem van Prooijen (2017), il est parfaitement adaptatif de tenter de reconnaître des complots dans le flux des évènements qui font l’actualité.

Il s’ensuit que parler de complotisme comme on le fait actuellement, de manière infamante avec une volonté assumée de discréditer, en renvoyant à l’irrationalité, à l’insensé, voire à la folie (« cerveaux malades ») c’est tenir un discours a priori dénué de tout fondement, et donc aussi malveillant qu’irrationnel en dépit de l’existence de construits et d’études scientifiques ad hoc qui semblent en valider la pertinence.

L’irrationalité de l’anticomplotisme est prodigieuse car directement proportionnelle à l’arbitraire avec lequel tel ou tel se voit désigné à la vindicte populaire en tant que complotiste. Cet arbitraire c’est celui du pouvoir, qui via ses marionnettes politiciennes ou ses médias, peut trancher dans le flux de l’information qui abreuve le public et décider que a) la conspiration islamiste b) les visées mégalomanes de Saddam ou de Kim Jong-un, c) le projet de la bombe iranienne d) les machinations électorales russes etc. que tous les médias d’Occident nous ont vendu et nous vendent encore sont des réalités et non pas des théories du complot alors que les conspirations a) des états profonds étasunien ou européen, b) du Mossad, c) du World Economic Forum et autres clubs de l’élite mondiale, d) de Bill Gates ou de George Soros, etc. ne sont que de vaines « théories du complot » en dépit des innombrables preuves disponibles.

Cette manière de trancher dans le vif du réel dans le plus pur arbitraire est au cœur de l’exercice du pouvoir symbolique tel que pratiqué depuis la nuit des temps dans un contexte religieux et, donc, sacrificiel. Le prêtre Nuer qui, d’un coup de machette, tranche un concombre et en jette au loin la moitié gauche ainsi désignée comme mauvaise, impure, maléfique accomplit un geste rituel mettant en scène un parfait arbitraire dont la fonction est de rassembler la communauté via un sacrifice purificateur que nous connaissons mieux dans sa version sémite : celle du « bouc émissaire » dont le seul nom suffit à nous faire comprendre de quoi il retourne. [2]

La portion de concombre rejetée est, en quelque sorte, un « bouc émissaire » végan. Elle est évidemment innocente de ce dont on l’accuse mais pour la sécurité de la communauté Nuer chacun respecte le consensus et s’applique à la croire mauvaise. Ceux que l’on désigne comme des complotistes assurent la même fonction sociale : ils incarnent le « mauvais objet » dont le rejet assurera la pérennité d’un consensus sans lequel il n’est pas de paix sociale.

Les officiants politiciens et médiatiques qui les sacrifient symboliquement voient leurs gestes cautionnés par les grands prêtres de la religion officielle, à savoir les scientifiques conformistes qui n’y trouvent rien à redire et, souvent, en rajoutent (surtout les sociologues). Il est ainsi possible d’opérer le lynchage médiatique de n’importe quel dissident dès que le besoin s’en fait sentir. Il suffit de le traiter de complotiste au moindre prétexte et l’affaire est entendue : sa parole est définitivement discréditée puisque, de dorénavant à désormais, il apparaîtra « décrié », contesté, ou faisant polémique, et cela « en toute justice » du fait qu’il est « complotiste » ! Les courageuses personnalités venues témoigner dans le documentaire Hold-up en sont un bon exemple.

Le fait que nos « intellectuels » et nos « scientifiques » participent activement — ou par un silence qui vaut consentement tacite — à ces formes de violence collective, ces « lynchages », est, en soit, le signe sûr d’une désespérante décadence des élites. Ainsi que René Girard aimait à le rappeler et que l’a si adéquatement formulé Proudhon « il n’est d’iniquité pire que celle du Sage : corruptio optimi pessima » (la corruption des meilleurs est la pire).

Que ceux qui se pensent parmi les meilleurs et se sentent donc ici quelque peu bousculés ne veuillent voir là qu’une occasion pour tenter de les réveiller, au pire un reproche, pas une condamnation. [3]

[1] Dans le livre « Sommes-nous tous des psychologues ? » Mardaga, 1983.

[2] Le girardien fidèle mais critique Lucien Scubla en donne souvent l’exemple dans ses explications toujours limpides de la fonction sociale du sacrifice. Voir par exemple l’étude « Fonction symbolique et fondement sacrificiel des sociétés humaine » (1998)

[3] Ce texte est une version à peine modifiée d’un commentaire de l’article L’irrésistible et dangereuse attraction des croyances infondées de Thierry Ripoll.

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Un texte réconfortant qui contraste tellement avec la désespérante citation de Philippe V.

Y a-t-il seulement un espoir de ne pas sombrer avec eux dans leur folie ? Et si oui, peut-on encore soigner ces personnes, par quels moyens ? Plus simplement, y a-t-il encore un débat possible entre de simples citoyens et des complotistes endurcis ?

La télévision (et la presse-propagande-des-milliardaires en général) a lobotomisé une bonne part de nos frères et sœurs humains.

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Le problème à mon sans n’est pas d’être ou ne pas être complotiste, mais de trouvé une limite…
La recherche du complot est sans fin, alors oui on peut tout croire mais cela amène ou?
=>Allons aux bout, si nous sommes manipulé par des forces occultes, nous ne pouvons rein y faire, ses forces sont bien plus forte que nous, elles pourront toujours nous faire croire ce qu’elles veulent, nous faire peur a l’infini, et si c’est le but recherché, il vaut peut-être mieux regardé ailleurs, et se retrouvé dans le positif et le constructif

Tu évoquais (dans une autre fil de discussion) la possibilité d’intelligences extra-terrestres infiltrées sur Terre.

Pour ma part, je vais rester plus terre à terre en pointant du doigt le pouvoir immense des banquiers mondialistes coalisés qui dirigent nos sociétés occidentales depuis le XVIIIème siècle et qui ont financé et organisé cette « plan-démie » pour mettre en place leur Nouvel Ordre Mondial annoncé par tout une série de politiciens, de George Bush père à Nicolas Sarkozy, ainsi que par le patriarche des Rockefeller depuis au moins 1991.

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Et bien comprend alors qu’il y en est des personnes qui ont envie de rester encore plus terre à terre

Je comprends tout à fait et c’est la raison pour laquelle je leur fournis des documents pour étayer mes dires. Je peux admettre que ce ne sont pas des « preuves » mais des « faisceaux d’indices » sauf que parfois, ce sont carrément des citations publiques des personnalités qui ont comploté ; des aveux tardifs parce qu’ils considèrent (à tort ou à raison) avoir gagné la guerre contre les peuples.

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On ne peut pas être complotiste à la petite semaine.
C’est comme dans Matrix.
Tu choisis : tu veux pas qu’on te foute la tête en vrac avec des histoires stressantes, tu aimes le confort que procurent les douces illusions, prend la pilule bleue.
Tu veux la vérité, toute la vérité, rien que la vérité, prend la rouge mais sache que c’est sans retour.
Si tu traverses le miroir c’est sans retour, ce que tu sais reste en toi. Impossible de le faire disparaître car c’est trop énorme.

Bref, la question est donc bien êter ou ne pas être complotiste. Celle des limites n’en est pas une car quel que soit le choix que tu fais, une fois que tu as choisis, tu te fous de la limite. Pour la bleue, c’est mensonge sans limite, pour la rouge c’est la vérité sans limite autre que celle du temps que tu es prêt à y investir.

Car faire le tri entre « vrai » complot et « vrai » bobard, c’est juste le boulot normal de recherche de la vérité. Tu le fais ou tu le fais pas. Dans tous les cas, tu payes le prix. C’est la vie, et franchement, ça me va. C’est réglo comme principe.

Enfin, ce que tu écris :

… c’est très exactement ce qu’espère l’Empire : impressionner et rendre docile. Et il y réussi très bien. La plupart des gens, même intelligents, ne veulent pas savoir car ils sentent bien que le prix à payer est trop élevé socialement. Alors il se raconte des histoires, ils sont des gentils qui ont leurs « bonnes oeuvres » afin de se donner bonne conscience

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Ce n’est effectivement pas une démarche facile :

  • d’abord personnellement car il faut y consacrer beaucoup de temps, pour ne grapiller que des bribes d’information (malgré la censure et les mensonges de la propagande omniprésents) et se bâtir une représentation du monde qui est souvent fort éloignée de celle dépeinte par les médias
  • ensuite il faut avoir le cœur solide pour encaisser ce qu’on a découvert (les mensonges d’État récurrents, les guerres planifiées, le trafic d’esclaves sexuels, la pédocriminalité en réseaux organisés mêlant à cette horreur la plupart des dirigeants de l’aristocratie, de la finance, du commerce multinational, de la presse, etc.)
  • enfin, il faut aussi avoir le « dos large » pour supporter de se faire insulter par celles et ceux qu’on vient prévenir des dangers qui les guettent (exemples : injection de graphène pour être marqué comme des bêtes, injection de protéines Spike pour être stérilisé ou tué à moyen terme).

Mais c’est un choix. Comme disait Henri Guillemin (je le cite approximativement), « on peut peut-être me marcher sur le corps mais je ne supporte pas qu’on me marche sur la tête ».

Je pense que pour …

… il faut être passé par ces étapes (douloureuses).

Bonjour,

Il me semble que le fil rouge suivi ici c’est la recherche de la vérité. A la lumière des événements entourant la crise Covid, j’ai eu l’impression que c’est notre propre réalité qui est ici en question. Finalement, qui sommes-nous ? Et qui sont ceux qui « nous » gouvernent ? Car on dirait que nous n’avons finalement aucune souveraineté sur nos vies. C’est ce point que je souhaite continuer à explorer. Et si la vision que je croyais avoir de ma réalité vole en éclat, il faudra confronter cet éclatement. En attendant, je comprends la nécessité de protéger sa santé ou bien-être mental bien malmené en ces temps troublés ou de révélations.

Je partage ici une source relative au transhumanisme qui semble guider certaines actions, même si inavouées, de nombreux gouvernements.

https://iatranshumanisme.com/2021/09/10/une-rentree-mouvementee-dans-la-nouvelle-normalite-newnormal/?amp=1

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On pourrait aussi dire plus généralement que la question serait de savoir s’il convient de rester ou ne pas rester dans l’illusion des mythes et des croyances de « l’ancien monde », surtout lorsqu’ils ne sont plus adaptés au « nouveau monde » perçu par les décideurs du WEF (World Economic Forum).

Par exemple, pour les gens du WEF, je suppose qu’il leur faudra reconfigurer le monde et la civilisation aux contraintes systémiques de demain, en contraignant l’humanité à « accepter » le passage de la croyance en les « ressources » illimitées vers l’idée de la finitude des ressources qui n’est plus une croyance mais bien un principe physique.

Le « complotisme », quelque part, met indirectement le doigt sur cette illusion en observant - ou en fabriquant toutes sortes de bonnes ou moins bonnes théories - la reconfiguration du nouveau monde en cours.

Et encore c’est pas garanti. On peut rester dans le négatif et avoir la volonté de dézinguer les élites… :wink:
Avant d’être constructif, il faut généralement être destructeur. Le Panthéon indien en sait quelque chose… (avec Shiva le destructeur !)

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C’est la traduction étymologique du mot « apocalypse ».

C’est la notion de partage équitable des ressources (certes limitées) qui échappe aux milliardaires du WEF. Selon la doctrine malthusienne, pour supprimer la pauvreté, ils envisagent très froidement de supprimer un maximum de pauvres; par milliards.

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Bonjour @Eve_Paris2021, bienvenue dans la discussion et désolé pour le temps de réaction (il ne semble pas avoir eu de notification concernant votre message mais heureusement Jérôme vient de vous répondre).

De mon point de vue, votre message met dans le mille. Cad que si on va au plus profond de nos interrogations, on trouve toujours cette question : quelle est la réalité ? Et il est très clair actuellement (mais c’est vrai depuis longtemps) qu’elle est « manipulée » ou plutôt « fabriquée » par le pouvoir et ses médias via LE mécanisme de construction de la réalité : l’imitation des uns par les autres. Cette dynamique vue très tôt par le psychosociologue Gabriel Tarde (autour de la notion de « public ») est ce qui fait que nous croyons ce que nous lisons dans les journaux et ce que nous voyons à la TV : tout simplement parce que des millions de gens le voient, le lisent, l’entendent et… font avec, cad, l’acceptent. C’est notre critère de vérité, facile, bon marché mais pas très sûr !

Quoi qu’il en soit, c’est cette construction collective de la représentation du monde que nous tenons pour une réalité et c’est pour ça, justement que nous nous heurtons d’emblée aux accusations de dissidence, de « cerveaux malades » et de « perte de réalité » quand nous ne suivons pas la majorité et que nous refusons la réalité « adoptée » par le groupe sous influence médiatique et autres contraintes.

Le « troupeau » se sent mis en danger par les dissidents. Tout à coup sa « réalité » devient incertaine et c’est plus qu’il n’en peut supporter. Il a besoin du consensus et … le pouvoir aussi. Sans consensus pas de réalité.

Bref, la réalité est bien au coeur du problème.
Et ce problème est immense.
Tout ce qui a été désigné comme « théories du complot » n’est rien d’autre que des réflexions qui doute de la « réalité » présentée par le pouvoir : l’assassinat de JFK, le double génocide rwandais, 9/11, le SARS-Cov2 etc.
Ce n’est que la partie émergée de l’iceberg.
On pourrait creuser encore longtemps.
Mais ce sera pour une autre fois. Là il est tard ! :wink:

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N’y a-t-il pas un risque pour les dissidents de finir comme des boucs-émissaires : exécutés sous le regard soulagé des « moutons » gorgés de propagande (propagande que je qualifie personnellement de « médiatico-étatico-bancaire ») ?

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Tu as raison, le risque est réel. Beaucoup en font déjà les frais eu égard à la dureté du traitement des « résistants » au pass sanitaire, surtout les professionnels.
Les non vaccinés seront les premiers accusés si l’épidémie redémarre.
De là à ce qu’il y ait des violences, il n’y aura qu’un pas à franchir pour certains…

Les dernières nouvelles US confirment cet état d’esprit :

Et pendant que le peuple se divise sur des thèmes artificiellement créés par les dirigeants, les dirigeants ont les mains libres pour exécuter leurs complots (des complots visant à conserver ou à accroître leur pouvoir politique illégitime).

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C’est ça, c’est complètement complotiste mais c’est bien la stratégie. Cf. mon dernier post sur la situation coloniale de la Réunion. Je conjecture là aussi des forces de divisions à l’oeuvre…

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