La Réunion dans le contexte colonial... actuellement !

Voici ce que j’aurai à dire lors du tour de table initial du grand débat que Georges Ah-Tiane appelle de ses voeux concernant la problématique coloniale à la Réunion et qui pourrait se tenir ici sur Ronkozé, peut-être dans une catégorie spécifique.

Comme vous allez le voir, je creuse l’étymologie afin de tenir la Réunion autant que possible à l’écart de la fureur victimaire de l’internationale anticolonialiste.

J’essaie aussi d’attirer l’attention sur le fait que la problématique coloniale a surtout du sens sous le rapport de l’esclavage qui n’est pas une réalité du passé mais qui, au contraire, prend actuellement une importance grandissante mais insoupçonnée qui est très inquiétante en cela qu’elle nous concerne tous sous le rapport de la… dette ! ;-(

Chacun de vos commentaires, critiques et autres remarques sont les bienvenus. Je ne reconnais n’être qu’un amateur dans le domaine mais quoi qu’il en soit, je refuse de me laisser balader… :wink:

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La Réunion ne serait pas une colonie car elle n’était pas peuplée lors de l’arrivée des premiers colons? C’est bien la thèse de Olivier Fontaine, dans son livre Histoire de la Réunion.

En fait ce livre, bien éloigné d’une recherche historique rigoureuse est juste un pamphlet politique contre le PCR et n’a convaincu aucun historien sérieux. Gilles Gauvin expose toutes les erreurs de ce livre et de cette thèse dans cet article

C’est ainsi une multitude de raisonnements erronés qui conduit l’auteur à affirmer
que : « La Réunion n’est pas une colonie et ne l’a jamais été ». (…) Arguant du fait que La Réunion a été une colonie de peuplement, à partir d’un territoire vierge (ce nous semble être une évidence aujourd’hui partagée par tous les historiens), et pour s’opposer à l’interprétation de la colonisation de La Réunion par le PCR, Olivier Fontaine en arrive à l’extrême, qui est de nier la réalité coloniale de l’économie et de la société réunionnaise jusqu’à la départementalisation. L’auteur considère que : « À La Réunion, l’esclavage [a] ainsi servi à remplir le dossier vide de la colonisation ».
Que répondre à une telle allégation ? Faut-il d’ailleurs le faire ? Le statut de citoyenneté française implique à la fois égalité de droits et de devoirs. Comment expliquer alors la grande grève menée par les instituteurs locaux en 1953 pour obtenir une égalité de traitement avec leurs collègues originaires de l’Hexagone ? Comment expliquer le retard sanitaire et scolaire en 1946 ? Comment expliquer, tout simplement, le retard dans l’application du service national dans l’île ?Pourquoi avoir introduit le franc CFA dans l’île ?

Une fois de plus, un homme occidental tente de nous expliquer quelles sont les luttes légitimes :woozy_face: :rage:
Le colonialisme et le racisme structurel, Stromae les a bien compris lui:

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C’est peut-être la thèse d’Olivier Fontaine que je ne connais pas, mais ce n’est pas la mienne. Avant de se piquer de critiquer, il faudrait apprendre à écouter et à comprendre.

Je dis très clairement que la Réunion est une colonie. Donc mauvaise pioche.

Ensuite, je dis très clairement qu’il n’y a pas eu de population colonisée à la Réunion vu que l’île était vide. Il n’y a eu que des colons. Et là j’attends une réfutation en bonne et due forme ; ce qui va être difficile puisqu’il s’agit d’une "évidence aujourd’hui partagée par tous les historiens).

Bref @Yannb vous avez encore perdu une occasion de vous taire…

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Oui, ce qui est exactement la thèse de Fontaine.

Et qui revient à nier la réalité coloniale de la Réunion. Les esclaves, les engagés, les affranchis et même les petits blancs ont été, et sont toujours, des victimes du système colonial, même si eux ou leurs ancêtres ne sont pas nés ici.

Vous pouvez pinailler sur le vocabulaire et le choix des mots, vous n’effacerez pas la réalité de l’exploitation coloniale. Et c’est cett
e réalité qui fonde la légitimité des luttes anti-coloniales, ici et ailleurs.

Pas du tout, la thèse de Fontaine est que « La Réunion ne serait pas une colonie ». Or, je dis le contraire.

Donc vous êtes bouché ou vous ne voulez pas comprendre. Quoi qu’il en soit, il est vain de discuter avec vous.

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La situation est pour le moins très complexe.

Il y a eu colonisation ou pas à la Réunion ?

Non si on se réfère à la définition étymologique du terme et tel que l’histoire nous l’apprend. Sauf que la Réunion n’était pas un territoire vierge lorsque les premiers colons et malgaches débarquèrent. Sudel Fuma notamment avait commencé à rassembler les preuves de l’existence « d’Andamans » avant l’arrivée de ces colons. On sous entend même que sa mort (Sudel Fuma) ne fut pas accidentelle. Par ailleurs beaucoup de traces et d’archives ont mystérieusement disparus (brûlés par des incendies suspects). Ces Andamans ont-ils été massacrés, comment ont-ils disparus ? je me méfie de l’histoire rapportée par les conquérants qui ne nous dit pas tout.

Même si on ne tient pas compte de ce chapitre, quel nom donner alors à ce qui c’est passé ici ?
Je remarque que souvent le dominant a tendance à user de sa science (et de la religion ?) pour assoir son hégémonie et minimiser ses exactions. Chirac l’a parfaitement illustré lorsqu’il évoque les « bienfaits de la colonisation » en parlant de l’Algérie. De même que les racistes systémiques usent de terminologies incohérentes et farfelus face à certaines revendications légitimes des peuples « infériorisés ».

Entre colonie de peuplement, colonie d’exploitation, colonie de rapport, ou est ce qu’on se situe alors ? dire qu’il n’y a eu que l’esclavage et l’affranchissement ici, cela veut-il dire que nous ne sommes pas ou plus sous un régime colonial, puisque l’esclavage a été aboli ?? tout aurait dû être rétabli à la normale alors…

J’en doutes fort.

Même mes petites recherches sur le net ne m’ont pas permis de me faire une opinion très claire tant les approches sont variantes. Tantôt on parle (à propos des outre-mer) de colonisation, tantôt on parle de territoires français… en extrapolant au passage, comment nommer la balkanisation des Comores (Mayotte) et de Madagascar (iles éparses, terres australes et antarctiques françaises) ? je crois que ça va un peu plus loin que ça. Et la gentrification, qu’en fait-on? lorsque Messmer 1er Ministre sous De Gaulle je crois, parle à Xavier Deniau Ministre de l’Outre Mer en lui disant qu’il faille rapatrier des Français de l’Hexagone ou de la Réunion en masse vers la Nouvelle Calédonie afin de minoriser la population kanak, que comprendre??

S’il y a eu colonisation de peuplement (Algérie, Israël), d’exploitation et de peuplement à Madagascar/Afrique), quel nom donner à la traite-esclavage et aux arrachements de peuples africain/asiatiques sur l’Ile Bourbon sous Louis XIV ? exploitation génocidaire, hégémonie économique, impérialisme ? j’aimerai bien alors trouver le terme qui soit approprié.

Pour l’instant il n’y en a pas d’autres que celle de colonisation (qui englobe l’esclavage ) qui soit le plus approprié, et surtout comment qualifier la gestion actuelle de l’Ile où anciens colons français et colons réunionnais se confondent. On pourrait aisément remplacer le terme de colon par profiteur, ou kaparèr, ou bézèr d’paké. il suffirait de se mettre d’accord.

Même si la Réunion n’a pas été colonisée dans le sens exact du terme, elle en présente les stigmates essentiels, ceux de la domination d’un Etat sur les peuples sous couvert de religion, de science et de rapport, que ces peuples fussent enracinés ou déracinés. Et la gentrification qui s’opère sous nos yeux actuellement n’est -elle pas une forme de colonisation?

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Merci Georges pour ce commentaire qui fait le tour des difficultés de catégorisation du fait colonial du point de vue réunionnais en même temps qu’il désigne un certain nombre de bourreaux et de victimes.
Nous pouvons ainsi apprécier l’ampleur du chantier et des épineuses questions qu’il s’agirait de traiter.

Je crois que l’étymologie nous aide à y voir clair parce qu’elle permet de lever les équivoques et la première d’entre elles est liée au double sens du terme colonisation qui ne signifie pas la même chose pour le colon et pour le colonisé.

Depuis quelque décennies, le terme colonisation n’est plus entendu que dans la plainte (légitime) des colonisés au point qu’on pourrait en oublier le fait qu’il peut aussi exister du seul point de vue de la métropole et de ses colons puisque, comme c’est arrivé à la Réunion, il y a bien eu des colons mais personne, absolument personne ne se déclarer colonisé ou descendant de colonisés.

Même la possibilité terrible d’un génocide complet d’une population d’Andamans ne change rien à la logique ci-dessus puisque, justement, nul ne peut s’identifier comme descendant des « Andamans ». Tous les réunionnais dits de souche sont des descendants de colons de toutes origines et conditions sociales, y compris ceux dont les ancêtres ont été bagnards, esclaves ou engagés. Devient automatiquement « colon » toute personne qui (descend d’une personne qui) s’installe sur une terre où elle n’est pas née et qui se trouve sous la tutelle d’une terre distante, une « mère-cité » ou métropole.

A la Réunion, le terme colonisation n’a qu’une seule signification : il renvoie seulement à l’existence de colons tout au long de l’histoire, si j’ai bien compris jusqu’à la départementalisation.
Le sens victimaire de colonisation qu’évoque tous les colonisés de la Terre ne peut pas être employé à la Réunion autrement que de manière métaphorique car il n’existe pas (ou plus) de colonisés.

Par contre, il est très clair que le fait de se trouver en situation de colons sous la tutelle d’une métropole ne va pas sans certaines difficultés, misères et injustices qui peuvent amener des plaintes légitimes. Mais cela ne peut PAS être des plaintes de « colonisés » semblables ou assimilables à celle des peuples qui ont été effectivement colonisés ici et là. Cela ne peut être que des plaintes de « colons » maltraités par la métropole.

Autrement dit, en clair, les drames de la colonisation africaine ne peuvent pas, ne doivent pas être plaqués sur l’histoire de la Réunion. Ce serait mensonger et contreproductif. L’histoire de la Réunion suffisamment douloureuse et singulière pour ne pas être, de surcroît, rendue illisible par des amalgames douteux.

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Luc-Laurent je ne te suis plus. Je suis allé voir la définition d’un colon et je tombe sur une première définition qui me convient assez, quoiqu’imprécise dans notre contexte : « Un colon est une personne qui a migré vers une zone et y a établi sa résidence permanente en soumettant le peuple local, généralement dans le but de coloniser la région ».

Nous prendrons comme postulat qu’il n’y avait pas d’habitant sur l’Ile pour faire simple.

Dans la colonie, il y a 3 catégories de personnes : 1- le Gouverneur nommé par le Roy soutenu par l’administration structurante et les notables, visant à installer une colonie de rapport (Compagnie des Indes orientales, ingénieurs, haute société…) 2- les ouvriers qualifié (marine, bâtiment, charpenterie…) et enfin 3- les esclavisés et leurs descendants.

Rappelons qu’avant la traite et l’esclavage, les premiers colons envoyés par la France (de Madagascar), composés de 2 français et de (dix?) malgaches ont commencé le peuplement de Bourbon.

Tu dis que personne à la Réunion ne peut se déclarer colonisé ou descendant de colonisé ??? Y compris les descendants de bagnards, esclaves ou engagés ??? je ne sais pas d’où tu sors ça mais c’est assez incroyable.

Tu ériges l’étymologie en valeur absolue mais celle-ci ne peut se substituer au vécu et au ressenti gravés dans le marbre pour nous descendants d’esclaves ou métissés.

Pour exemple (énoncé par feu mon ami Historien Hubert Gerbeau) : les créoles sont les populations blanches (aisées) des colonies (définition du dictionnaire) mais désignent plutôt la population noire à Maurice) et plutôt la population dans son ensemble à la Réunion. Donc de l’étymologie on passe à la réalité vécue et ressentie qu’on le veuille ou non. Laissons aux grecs et autres intellectuels comme gardes fou de la dialectique langagière, mais de grâce il faut nous accorder notre interprétation de notre propre histoire avec les mots que nous avons forgés, façonnés et installés dans notre réalité à nous ou notre imaginaire. L’histoire nous a été racontée par les vainqueurs, laissez-nous référencer et installer notre passif de notre point de vue, qu’il soit validé ou non par la sacro-sainte domination blanche.

Par ailleurs, la Départementalisation n’a été un tournant dans notre histoire que dans le volet « matérialiste » d’une intention de développement afin d’assoir la domination française dans un contexte de « décolonisation internationale ». Je ne vais pas m’étendre sur ce chapitre. Mais elle n’a pas éradiqué la colonisation qui perdure à nos jours, sous les formes que l’on connait (asservissement par l’assistanat, institutions et administrations intouchables, réseau mafieux au sein de la justice, Francs-Maçons…et bien sûr inégalités sociales).

Je conclus en disant que nous sommes bien depuis la traite/esclavage à nos jours sous administration coloniale, il ne s’agit pas de le nier ni de le travestir.

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Oui, on est bien d’accord et c’est très précisément pourquoi il n’y a jamais eu de colonisés à la Réunion, jamais, de sorte que, en effet, sauf à commettre un abus de langage…

L’intensité du ressenti des descendants d’esclaves n’est pas une raison valable pour changer la signification des mots, c’est seulement une explication du fait qu’on puisse commettre un abus de langage, mais ça reste un abus de langage.

La question de l’esclavage doit se traiter entre « colons » car il n’y a que des colons et des descendants de colons.

Par exemple, pour les indiens d’Amérique du nord, les autres habitants des USA ou du Canada sont tous des colons puisque, qu’ils soient descendants d’esclaves ou descendants d’esclavagistes, car ils ont tous colonisé la terre de leurs ancêtres.

Les seuls qui peuvent se plaindre d’avoir été « colonisés » ce sont les indigènes ou, comme disent les amérindiens, les « premières nations ». A la Réunion, il n’y a pas d’indigènes ou de première nation, donc il n’y a pas de « colonisés ».

L’exemple du créole que tu donnes est une bonne illustration des évolutions possible (généralisation, spécification, inversion…) du sens des mots, cad, de leur usage, car tu as entièrement raison c’est l’usage qui fait le sens et, je l’admets, il est tout à fait possible que par mon retour candide à l’étymologie j’aille contre un usage que tu connais assurément mieux que moi.

Mais si je m’engage dans cette voie c’est parce que j’ai foi dans la rationalité et le fait qu’elle permette aux hommes de bonne volonté de s’accorder en se dégageant mutuellement, via la discussion, des contre-sens et des contre-vérités qui font qu’ils ne se comprennent pas, s’opposent ou se disputent.

L’étymologie est généralement bien utile pour s’accorder car elle recèle la signification la plus essentielle qui est comme le tronc à partir duquel ont dérivé toutes les branches.

Ainsi, par exemple, la définition que tu donnes de créole, celle retenue par les dictionnaires encore actuellement est une vieille définition. Elle est comme la première branche qui s’est formée à partir du tronc. Elle désigne les personnes qui, à l’époque, avaient suffisamment d’importance pour que l’attention se portent sur elles, donc, en l’occurrence, les riches et les puissants d’ascendance métropolitaine mais issus des (nés, élevés aux) colonies.
D’autres branches sont apparues ensuite, on a parlé des Créoles de couleur, et donc ça s’est généralisé à toute la population née, élevée aux colonies. Et cette généralisation a, en fait, été un retour à l’étymologie, puisque celle-ci désigne bel et bien le fait d’être né et donc, d’avoir été élevé dans une colonie.

https://www.axl.cefan.ulaval.ca/amsudant/creole.htm

A noter que la généralisation n’empêche pas la conservation des usages spécifiques car à la Réunion, quand on parle de Créoles, on désigne encore les caucasiens dont les ancêtres, riches ou pauvres, sont nés dans l’île.

Tout ça pour dire qu’en dépit des évolutions de sens qu’a connu le terme « créole », il est toujours resté fidèle au sens originel de « élevé » dans la colonie. Les particularités initiales de son emploi ont été complètement oubliées. En effet, il semble que par ce terme on a d’abord désigné les serviteurs nés et élevés dans la colonie, et c’étaient généralement des esclaves. Tous ces aspects se sont révélés accessoires et seule a été retenue la signification première des mots portugais puis espagnol qui renvoie à « élever ». Le fait que le mot ait d’abord désigné un serviteur esclave puis un riche propriétaire n’a donc pas constitué un contresens et prouve seulement que le sens était intégralement celui donné par l’étymologie, le fait d’avoir été « élevé » localement, donc dans la colonie.

Pour revenir à « colons » et « colonisés » je continue de penser que c’est faire un contresens majeur que de confondre les deux et j’en veux pour preuve que toi-même, très probablement tu ne les confonds pas. Car j’imagine que tu trouves probablement choquant que les descendants d’esclaves se retrouvent rangés, comme je le fais, du côté des colons alors qu’il s’agit de leurs tortionnaires. Mais le fait est que l’antagonisme entre (descendants d’) esclaves et (descendants de) colons propriétaires d’esclaves ne fait pas des premiers des « colonisés ». Ils sont bel et bien des personnes venues d’ailleurs qui se sont installées sur un territoire pour y vivre. Ils correspondent à la définition du colon, pas celle du colonisé.

L’immense diffusion du discours anticolonial des colonisés d’un peu partout dans le monde depuis un demi-siècle ne justifie pas que les « colons » réunionnais se prennent pour des « colonisés » quelles que soient les ressemblances que l’on peut trouver entre la souffrance desdits « colons » dans leur rapport à la métropole et celle des colonisés en rapport avec la même métropole.

Les algériens, les malgaches ont été colonisés et peuvent tenir légitimement un discours anticolonial de colonisés. Il me semble que les Réunionnais s’égareraient à vouloir tenir le même discours. Cela serait illégitime et cela les desservirait. Il me semble préférable qu’ils acceptent leur singularité et qu’ils tiennent un discours qui leur soit propre, à l’écart de l’anticolonialisme des colonisés. Il y a suffisamment à faire avec l’anticolonialisme des colons sous le joug d’une métropole dominatrice qui, par certains aspects, gère le pays comme au temps des colonies.

Bref, comme cela a été dit par Jérôme je crois, le problème que nous affrontons est celui de la souveraineté populaire, cad, celui d’une authentique démocratie. Comme toujours, l’ennemi est celui qui veut avoir barre sur nous et nous tenir en situation d’esclavage économique et financier. L’ennemi, c’est comme l’a dit Hollande, le monde de la finance et de l’élite qui veut instaurer son emprise totale sur le monde, actuellement via une dictature sanitaire mais plus tard peut-être via une « bonne guerre » comme on disait avant.

Tout ce qui sert à nous diviser est bon pour eux. Aussi légitimes qu’elles soient les revendications anticoloniales des colonisés du passé servent malheureusement à cela quand elles portent à faux et ne servent qu’à intensifier les tensions raciales.

C’est pourquoi il est tellement important que nous accordions sur les mots afin qu’ils servent à mieux nous comprendre et à mieux nous relier plutôt qu’à nous opposer et nous séparer.

Comme disait Camus, « mal nommer les choses c’est ajouter au malheur du monde ».

Il me semble que Mayotte est un bon exemple de cela. Il s’agit d’une colonie où il y a des (descendants de) colonisés qui, eux, pourraient légitimement se servir de toute la rhétorique anticoloniale mondiale des colonisés. Le paradoxe, tel que je le vois, est qu’en faisant de Mayotte un département français contre la réalité historique et actuelle du territoire, on a transformés les colonisés en nationaux doublement colonisés puisqu’ils se font maintenant coloniser par… leurs frères comoriens. En jouant sur les mots (majorité), la métropole a extorqué Mayotte aux Comores et elle a fait le malheur de tous, même si les Comoriens viennent à Mayotte chercher un bonheur qu’ils n’ont pas chez eux. Bref, de l’importance de s’accorder sur le sens des mots.

C’est ce qui fait la spécificité des trois îles de l’archipel des Mascareignes et de la Réunion en particulier. Jusqu’à preuve du contraire (ce qui reste toujours possible), elles étaient désertes. Il n’y a donc pas eu de peuple colonisé. Seule la terre l’a été. Et donc, tous les Réunionnais sont des descendants de colons. Et aucun n’est descendant de colonisé.

Par contre, des préjudices, il y en a eu puisque certains se sont implantés sur ces terres vierges en propriétaires (avec des concessions accordées par les rois de France) tandis que d’autres (les esclaves et puis les engagés) ont été forcés à venir ou abusés contractuellement.

Mais j’ai l’impression (et je peux me tromper) que ce que ressentent nombre de Réunionnais aujourd’hui, c’est une forme de « néo-colonisation » exercée :

  • par les institutions républicaines de la France métropolitaine (et au-delà par l’Union Européenne qui dicte chaque année ses règles/réformes à la France via les GOPE)
  • voire par certains individus métropolitains bénéficiant d’un statut social supérieur à la moyenne des Réunionnais de souche.

Si c’est bien le cas, le problème à traiter :

  • ne remonte pas aux années 1660 à partir de l’installation de Louis Payen,
  • ni même à l’esclavage à Bourbon qui a dû commencer avec l’exploitation du café par la Compagnie des Indes, c’est-à-dire en 1715,
  • mais plutôt au changement de statut de « colonie française » à « département d’outre-mer français » en 1946.

Les différences très importantes de statut social/économique doivent aujourd’hui être résolues mais pas sous l’angle de l’opposition zorey-kréol étant donné que les plus grandes fortunes de l’île de la Réunion sont la propriété de Réunionnais de souche.

Il est totalement légitime pour un peuple de disposer de lui-même mais (à mon humble avis) ce serait contre-productif d’entamer cette démarche par une division de cette population entre « nés ici » (les Créoles) et « nés ailleurs ».
Ceux qui se frotteraient les mains seraient ceux qui détiennent le pouvoir car, de toute évidence, c’est un piège classique : « diviser pour mieux régner ».

La souffrance existe, on l’entend, et, de ce fait, doit être résolue. Mais les responsables (servis sur un plateau comme boucs-émissaires) ne sont :

  • ni les « zorey » comme moi,
  • ni la République française car n’oublions pas que c’est la République qui, par deux fois, a aboli l’esclavage : en 1794 et en 1848 (avec un rétablissement entre les deux de la part de Napoléon Bonaparte).

La question actuelle est : quelle société voulons-nous aujourd’hui à la Réunion ?
Cette question peut se ramifier de façon multiple :

  • pour commencer : indépendance par rapport à la République française et/ou de l’Union Européenne ?
  • le « nous » inclut-il tous les habitants de la Réunion ou simplement ceux nés ici ? Qu’en est-il des Créoles « de sang » nés en France métropolitaine ? Et des métis (comme mes enfants) ?
  • quelle organisation de la société (une notion qui va du régime politique choisi à la répartition des richesses choisie) ?
  • etc.
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Merci Jérôme pour ce balisage de l’espace de discussion. Ce sont les questions que je me posais, notamment sur le « nous » en écoutant Paul Hoarau ce matin sur la première autour de la question de l’autonomie. Il avait un beau discours porteur d’espoir mais je me suis demandé qui étaient les réunionnais dont il parlait.
Se pourrait-il que, là encore, le diable soit dans les détails ?

C’est, quoi qu’il en soit, le genre de problème qui sera à aborder lors de la conférence des mille…

Oui, c’est bien ça la logique : il n’y a pas d’indigènes à la Réunion, donc il n’y a pas de colonisés.
Tous les autres, quelles que soient les vicissitudes, les tribulations et les souffrances innommables qu’ils ont pu connaître se sont installés sur l’île et sont donc, logiquement, des « colons ».

Peut-être l’ai-je déjà dit, mais il me semble vraiment qu’il n’y a pas à être choqué par le fait qu’esclavagistes et (descendants d’) esclaves se retrouvent dans la même catégorie. N’est-ce pas la même chose qui est arrivé pour le mot « créole » ? Son sens générique domine et englobe tout le monde pareillement : les (descendants de) riches propriétaires esclavagistes, les (descendants d’) esclaves, les (descendants d’) engagés, etc.

Tous ceux qui sont nés et ont grandi à la Réunion sont des Créoles d’où qu’ils viennent. C’est le sens étymologique qui en est venu à dominer les sens spécifiques, les particularités ou les antagonismes et c’est très bien comme ça.

Il me semble que si le terme colon devait suivre la même évolution, ce serait bien car les choses ainsi seraient à leur place. Il n’y aurait pas de contresens et les tambours victimaires des colonisés anticolonialistes ne viendraient pas inutilement encombrer les représentations que les réunionnais peuvent avoir de leur histoire. Il me semble celle-ci est déjà assez douloureuse et qu’elle n’a nulle besoin qu’on vienne y projeter des tensions et des conflits auxquels la Réunion est étrangère.

Peut-être j’y insiste trop mais je ne vois pas comment et pourquoi on ne pourrait distinguer les rapports entre les « colons » et la métropole d’une part, les rapports entre les « colonisés » et la métropole d’autre part.
A la Réunion, il n’y a pas de rapports entre des « colonisés » et la métropole parce qu’il n’y a pas de « colonisés », vu qu’il n’y a pas d’indigènes.
Ce qui pose problème à la Réunion c’est la manière dont la métropole « traite » sa « colonie » où n’habitent que des « colons » récents ou anciens. La départementalisation n’a clairement pas fait table rase des anciennes pratiques.
Pour autant, ainsi qu’y insistait Paul Hoarau ce matin sur la Première, on peut penser que ce problème n’a rien de vraiment spécifique à la Réunion et qu’il se pose aussi dans toutes les autres régions de France au sein d’une république hautement centralisée.

Jérôme et Luc-Laurent, je vous fais une réponse commune à vos deux derniers post, tant vous semblez vous accorder sur certains points concernant la colonisation (ou pas) à la Réunion.

Je crois que je me suis exprimé assez largement sur nos différents, donc je ne fais que répéter ce que j’ai dit et je crois que je ne vais pas pouvoir aller plus loin dans ce débat.

Je rappelle que le sujet de départ était de pouvoir « rassembler » nos forces dans la lutte contre la dictature sanitaire tout en tenant compte de notre passé colonial. Et le sujet a ostensiblement glissé exclusivement sur le statut de nos compatriotes et descendants.

Il me semble que vous flirtez avec le révisionnisme, voire le négationnisme. Le propre des conquérants n’est-il pas de travestir l’histoire ? quand je lis que tous les réunionnais sont descendants de colons, je m’interroge. Ainsi un esclave serait un colon, qu’elle ineptie !

Vous n’acceptez pas que la Réunion fût une colonie parce que non habitée au départ mais vous signifiez qu’un esclave serait un colon ? quelque chose m’échappe et c’est une injure, une tentative de falsification à l’égard de certains de nos compatriotes.

Dire que certains problèmes structurels ne viendraient que par la Départementalisation c’est nier l’importance capitale de l’esclavage et de l’aliénation généralisée que cela a entrainé pour la partie la plus défavorisée des réunionnais.

M’attribuer le rôle de vouloir créer une opposition zorey/kréol c’est assez affligeant alors que je cherche exactement à faire le contraire, c’est mal me connaître. De même qu’alimenter la division entre ceux qui sont nés ici et ceux d’ailleurs n’est pas ma tasse de thé. Pour rappel le terme zorey existe depuis très longtemps et était assez valorisant au départ. Si aujourd’hui il peut revêtir une connotation autre c’est que les hexagonaux de la 2è vague, 3è… Y ont largement contribués. Vous êtes-vous posés la question du pourquoi ? Echangez-vous avec vos compatriotes à ce sujet ? posez-vous la question de savoir pourquoi les directions de la plupart de nos administrations et boîtes privée sont occupés par les zorey, faites le tour des surémunérés et de ceux qui perçoivent des primes coloniales parfaitement injustifiés qui créent les inégalités ici.

Oui je suis conscient que des grandes fortunes sont aux mains de certains colons blancs ici tout comme pour les Becqués aux Antilles. Nous avons à en prendre considération. Des grandes fortunes y en a partout dans le monde notamment en France. Quelles luttes mènent les français à ce sujet ?

Oui je suis conscient que nos élus sont corrompus à l’argent et nous devons en tenir compte. Il ya suffisamment de chantiers à faire ici. On ne peut souffrir en plus qu’on vienne nous dire qui nous sommes.

Un certain Le Pen à qualifié de point de détail, les chambres à gaz dans le génocide Juif.

Votre intention n’est pas celle-là, j’en suis convaincu mais si vous voulez raconter l’histoire à notre place il y a problème. Jamais il ne me viendra à l’idée de dire aux bretons, corses, occitans, picards, antillais… voici ce qu’a été votre histoire, même si je l’avais étudié au fond, ça serait une injure que je ne me permettrai pas.

Dernier point, vous dites que la République a aboli l’esclavage (dans les colonies ou dans les territoires français ?) ok, mais il ne l’a pas fait de gaieté de cœur ni équitablement, j’en veux pour preuve tous les dédommagements qui ont été faits aux propriétaire d’esclaves et pas un kopek ni un lopin de terre aux affranchis qui se sont vus assignés dans le même temps à du travail forcé ou dissimulé.

L’étymologie, la science ni l’histoire officielle ne se substituerons pas aux réalités vécues et ressenties dans nos chairs.

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Jérôme et Luc-Laurent, je vous fais une réponse commune à vos deux derniers post, tant vous semblez vous accorder sur certains points concernant la colonisation (ou pas) à la Réunion.

Je crois que je me suis exprimé assez largement sur nos différents, donc je ne fais que répéter ce que j’ai dit et je crois que je ne vais pas pouvoir aller plus loin dans ce débat.

Je rappelle que le sujet de départ était de pouvoir « rassembler » nos forces dans la lutte contre la dictature sanitaire tout en tenant compte de notre passé colonial. Et le sujet a ostensiblement glissé exclusivement sur le statut de nos compatriotes et descendants.

Il me semble que vous flirtez avec le révisionnisme, voire le négationnisme. Le propre des conquérants n’est-il pas de travestir l’histoire ? quand je lis que tous les réunionnais sont descendants de colons, je m’interroge. Ainsi un esclave serait un colon, qu’elle ineptie !

Vous n’acceptez pas que la Réunion fût une colonie parce que non habitée au départ mais vous signifiez qu’un esclave serait un colon ? quelque chose m’échappe et c’est une injure, une tentative de falsification à l’égard de certains de nos compatriotes.

Dire que certains problèmes structurels ne viendraient que par la Départementalisation c’est nier l’importance capitale de l’esclavage et de l’aliénation généralisée que cela a entrainé pour la partie la plus défavorisée des réunionnais.

M’attribuer le rôle de vouloir créer une opposition zorey/kréol c’est assez affligeant alors que je cherche exactement à faire le contraire, c’est mal me connaître. De même qu’alimenter la division entre ceux qui sont nés ici et ceux d’ailleurs n’est pas ma tasse de thé. Pour rappel le terme zorey existe depuis très longtemps et était assez valorisant au départ. Si aujourd’hui il peut revêtir une connotation autre c’est que les hexagonaux de la 2è vague, 3è… Y ont largement contribués. Vous êtes-vous posés la question du pourquoi ? Echangez-vous avec vos compatriotes à ce sujet ? posez-vous la question de savoir pourquoi les directions de la plupart de nos administrations et boîtes privée sont occupés par les zorey, faites le tour des surémunérés et de ceux qui perçoivent des primes coloniales parfaitement injustifiés qui créent les inégalités ici.

Oui je suis conscient que des grandes fortunes sont aux mains de certains colons blancs ici tout comme pour les Becqués aux Antilles. Nous avons à en prendre considération. Des grandes fortunes y en a partout dans le monde notamment en France. Quelles luttes mènent les français à ce sujet ?

Oui je suis conscient que nos élus sont corrompus à l’argent et nous devons en tenir compte. Il ya suffisamment de chantiers à faire ici. On ne peut souffrir en plus qu’on vienne nous dire qui nous sommes.

Un certain Le Pen à qualifié de point de détail, les chambres à gaz dans le génocide Juif.

Votre intention n’est pas celle-là, j’en suis convaincu mais si vous voulez raconter l’histoire à notre place il y a problème. Jamais il ne me viendra à l’idée de dire aux bretons, corses, occitans, picards, antillais… voici ce qu’a été votre histoire, même si je l’avais étudié au fond, ça serait une injure que je ne me permettrai pas.

Dernier point, vous dites que la République a aboli l’esclavage (dans les colonies ou dans les territoires français ?) ok, mais il ne l’a pas fait de gaieté de cœur ni équitablement, j’en veux pour preuve tous les dédommagements qui ont été faits aux propriétaire d’esclaves et pas un kopek ni un lopin de terre aux affranchis qui se sont vus assignés dans le même temps à du travail forcé ou dissimulé.

L’étymologie, la science ni l’histoire officielle ne se substituerons pas aux réalités vécues et ressenties dans nos chairs.

Sache Georges que j’apprécie la franchise de ta mise au point, elle me permet de constater que je me suis donné trop de liberté dans la réflexion et la formulation de conclusions qui, je le comprends, te sont apparues brutales et t’ont semblées bien peu respectueuses. Tu m’en vois sincèrement désolé.

Toutefois, c’est, je l’avoue, ma manière habituelle de fonctionner : je place toute mon énergie dans la recherche de la vérité quelle qu’elle soit ; elle me paraît tellement désirable que je suis prêt à payer n’importe quel prix et je suis donc peu précautionneux, je le reconnais. Je considère que ce n’est pas grave si je suis remis à ma place.

J’ai fortement tendance à m’imaginer, ou disons même carrément que je pars du principe, que tout le monde est comme moi disposé à se confronter à la vérité quoi qu’il en coûte. Je me sens donc libre de mettre en avant ce que je découvre sans crainte, étant totalement disposé à être réfuté. Quand on me montre que j’ai tort, je considère qu’on me fait un cadeau, on me sort de l’erreur. Donc ne te gêne pas pour me dire quand tu penses que je suis dans l’erreur. Ta franchise sera toujours appréciée.

Concernant notre discussion, j’entends que tu hésites à la poursuivre tellement il te semble que Jérôme et moi nous nous sommes égarés. Je trouverais ça vraiment dommage car nous sommes des personnes de bonne volonté, fondamentalement gentils (surtout Jérôme et toi), et si nous ne réussissons pas à communiquer dans la quête d’une vérité qui nous rassemble alors qui le pourra ?
Ce ne sont pas des politiciens qui feront ça à notre place. Eux ils vont assurément dialoguer mais ça sera toujours des faux-semblants, les choses resteront à moitié dites, avec des demi-mots, l’hypocrisie sera partout.

Si, comme je l’espère, nous poursuivons cette discussion, la question sera alors de savoir sur quelle base repartir ? Le point de départ « en logique » que j’ai proposé t’apparaît comme une violence. Soit, mais alors, dis-moi, quelle est ta conception ?

Ma future est malbaraise et me dit qu’ici la vision la plus commune est de voir les zorey comme des colons et les créoles comme des colonisés. Je m’en doutais un peu mais j’ai toujours pensé que c’était la manifestation d’un ressentiment bien légitime qui trouvait seulement là une métaphore.

En Nouvelle-Calédonie, les Kanaks qui se disent colonisés ne sont pas dans la métaphore, ils disent la vérité de leur situation. Ils sont les indigènes qui ont vu leur terre colonisée. A la Réunion, la métaphore a du sens, il y a une légitimité certaine à s’en servir, mais cela reste à mes yeux une analogie qui a forcément ses limites et celles-ci deviennent apparentes justement quand il s’agit de se rassembler. Je peux me tromper mais je voudrais qu’on me dise où exactement.

Je comprends que les réunionnais aient le sentiment d’avoir souffert d’innombrables injustices et qu’ils mettent en cause le pouvoir résidant en métropole mais comme l’a si bien dit Paul Hoarau hier sur la Première, de nombreuses régions ont le même sentiment. Certains savent le faire savoir (Corse, Bretagne), d’autres pas. Peu importe. L’important ici est de comprendre qu’il ne faut pas se tromper d’ennemi. Je ne cesse de le répéter, l’ennemi, comme l’a si bien dit François Hollande, c’est la finance internationale qui entend asservir tous les peuples via la dette souveraine pour laquelle nous allons travailler toute l’éternité avec aucun espoir de la rembourser. C’est un esclavage qui ne dit pas son nom et c’est contre lui que nous avons à nous rassembler au-delà des contentieux particuliers que nous pouvons avoir les uns et les autres.

Moi aussi je suis sceptique vis-à-vis de l’abolition de l’esclavage. C’était surtout très symbolique, l’exploitation de l’homme par l’homme a continué. Et elle est en train de réussir son pari : s’affirmer comme gouvernement mondial et tenir tous les hommes sous contrôle via une propagande qui leur fera prendre des vessies pour des lanternes, comme cela se passe depuis la Révolution française.

Voilà, je crois, l’épouvantable adversaire auquel la Réunion fait face. Et toute la question est de savoir si elle résistera en étant rassemblée et solidaire ou si elle pourra seulement faire semblant de résister parce qu’au fond elle reste profondément divisée et, donc, incapable de se mobiliser en dépit de son fameux « vivre ensemble ».

Tant que nous resterons dans le « nous » et « eux » des identités de groupes antagonistes nous serons incapables de résister et donc soumis à l’empire mondialiste qui, lui, a lancé toutes ses forces dans la bataille de la plandémie.

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Je viens de lire un article de Françoise Vergès sur le vivre-ensemble réunionnais. Je le trouve militant plus qu’éclairant sur le vivre ensemble mais quoi qu’il en soit, elle a une phrase qui va complètement dans ton sens :

« Après l’abolition de l’esclavage et alors que le régime républicain s’est consolidé en France, la Réunion demeure sous le régime colonial, citoyens certes mais colonisés »

https://www.persee.fr/doc/homig_1142-852x_2008_hos_1_1_4680

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Dans la série « lectures obligatoires » (avant de parler) sur la colonisation, j’ai trouvé cet article plutôt bien fait qui oppose et démolit les stratégies coloniales de l’assimilation et de l’association. Son intérêt est surtout de comprendre comment et pourquoi, en somme, la colonisation a été une perpétuation des pires aspects de l’Ancien Régime au temps où la République coloniale était (supposément) démocratique en métropole.

https://www.persee.fr/doc/mat_0769-3206_1993_num_32_1_404113

Dieu ou le Saint Esprit éclaire notre chemin.

Je souhaite qu’on puisse parvenir à élaborer une base commune dans la compréhension et les développements de nos existences.

Il n’est pas toujours évident de s’accorder sur les termes et ressentis. Si l’on ne doit pas perdre de vue les effets pervers du capitalisme, mondialisation, expansionnisme… je vais plutôt m’intéresser aux devoirs de réparations qui s’imposent. Pas seulement ceux (matériels) réclamés par certains mais aussi réparations intellectuelle et morale. Que les Etats qui ont colonisé des peuples déjà établis, ou rapporté de la servitude sur des terres vierges, reconnaissent leurs erreurs et s’engagent dans un processus de réparation moral et matériel ! Pour exemple : l’exil forcé de 13 fonctionnaires (communistes ?) en métropole jugés dangereux pour le pays, la déportation de milliers de jeunes et familles désœuvrées dans le cadre du BUMIDOM (Enfants de la Creuse et autres département), l’affaire des avortements illicites de la clinique du Dr Moreau à St Benoit, l’exil sans retour des jeunes à travers le CNARM, l’assistanat organisé, le fonds de commerce de la pauvreté et de l’illettrisme…

A la réunion nous sommes des éternels enfants qui n’ont pas grandi ou eu peur de grandir. Nécessairement, nous aurons besoin « d’adultes » pour nous aider à grandir.

Le psychologue sociologue des enfants ne pourra me contredire :

Lorsqu’un enfant nait et évolue dans un environnement paisible, sans antécédent traumatique, souvent dans un milieu propice au développement (matériel, sensoriel, intellect), il ne peut que grandir (sauf accident) et s’affirmer plus tard dans le monde qui l’entoure et participera sans doute à consolider ce monde qui est à son image. Mais lorsque l’enfant est bridé, qu’il conscientise le mal être qui l’entoure, non seulement il ne pourra se réaliser, allant d’échec en échec mais il n’aura d’autre choix que de transmettre ses traumatisme à sa progéniture. A force l’histoire se répètera à l’infini, notre situation de sous-humanité sera une évidence et nous vivrons à travers ce postulat et finiront par l’accepter ou non.

Ce qui explique la résignation, le palaeksa, le défaitisme ou la révolte de nos jeunes.

Il faut sortir de là, comment ?

En posant les jalons de notre histoire et de notre vécu avec force et conviction, avec notre propre vision (même tronquée) et nos appréhensions même si elles peuvent être décalées ou inappropriées vues sous des angles différents.

L’accouchement de nos libertés et de notre reconnaissance sera douloureux mais nécessaire.

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Je suppose que pas mal d’auteurs l’ont déjà fait mais probablement pas sous l’angle qui t’intéresse ici alors je te pose la question : pourquoi ne l’écrirais-tu pas ici cette histoire, sur Ronkozé ? Dans un espace public, ouvert à tous, ouvert au débat (qui tu pourrais modérer) mais qui ferait aussi et surtout mémoire et dans lequel tu pourrais déposer tout ce que tu as sur le coeur ?
Si tu ne l’as pas déjà fait ailleurs, il me semble que cela serait pourrait être un joli point de départ pour ton projet de remise à plat de l’histoire réunionnaise.

Le webmaster @pvincent se ferait un plaisir de te faire de la place (sur internet, il y a toute la place qu’on veut) et de t’aider à prendre les commandes.

Qu’en penses-tu ?

« Le diable se cache dans les détails », dis-tu avec justesse.
En l’occurrence, il y a une différence entre « autonomie » (au sens courant) et « indépendance ».

Pour avoir lu le Manifeste du PCR, daté de 1981 me semble-t-il (merci @ketty.lisador ), je comprends tout à fait « autonomie » au sens de : « Nous, Réunionnais, choisissons nos règles, tout en gardant les financements nationaux/métropolitains ».

Par contre, « l’indépendance », c’est le choix des Mauriciens ou des Comoriens. On subvient nous-mêmes à nos besoins.

Rapporté à une vie humaine, « l’autonomie », c’est un adolescent qui demande à ses parents de continuer de lui donner son argent de poche mais en le laissant libre de faire ce qu’il veut. « L’indépendance », c’est le jeune adulte qui quitte son nid (la demeure parentale) et qui gagne sa vie par lui-même.

J’espère ne choquer personne avec ce ressenti sémantique. Et je le répète plutôt deux fois qu’une : comme tout le monde, je peux me tromper.

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