Kosa i espas / Constats

Kosa i espas / Constats

Première ébauche suite aux échanges de la Rencontre Convergences du 10 octobre à la Trinité Saint-Denis

L’histoire de La Réunion est fondamentalement marquée par son passé esclavagiste et colonial qui a institué des rapports sociaux de domination particulièrement violents (rapports maître-esclave, rapport aux commandeurs, rapport au travail obligatoire par l’interdiction du vagabondage, rapport à des contrats insoutenables pour les engagés…) conduisant à des conditions de vie inhumaines et à des inégalités sociales profondes.

Aujourd’hui évoquer la situation socio-économique et politique de notre territoire passe nécessairement par la prise en compte des traces laissées par cette histoire.Force est de constater que l’économie de La Réunion est empreinte des vestiges de l’économie de comptoir (Compagnie des Indes, commerce triangulaire …) et de dépendances qui ont bénéficié aux profits financiers du pouvoir colonial.

Le dédommagement des maîtres lors de l’abolition de l’esclavage, le maintien des Possessions et du découpage foncier de la période coloniale, la non-réparation sont autant de faits historiques tangibles qui ont conditionné la réalité socio-économique de La Réunion qu’il est utile de ne pas oublier.

De fait pour mener une réflexion lucide sur ce que nous voulons nous devons partir de la considération de ce capitalisme colonial qui n’en porte pas le nom mais auquel la société réunionnaise est encore soumise pour une part. L’axe commercial prioritaire avec la France métropolitaine créée de fait une dépendance qui conditionne l’économie réunionnaise aussi bien par le coût des importations (cherté de la vie), que par un frein à la production locale (le « par nou mèm »).

La culture de la canne est bien entendu le pan le plus visible de l’accaparement des terres par les « gros zozos », passant dans la gestion des terres d’une économie patriarcale à une économie actionnariale par les transnationales du sucre.

Les politiques agricoles successives européennes et françaises ont permis de sauvegarder cette culture industrialisée (et polluante pour les sols…) afin de servir principalement les intérêts financiers de quelques uns, les petits planteurs recevant les subsides par un processus proche du traitement social.Cette situation de frein au développement de l’économie locale a pour conséquence le maintien d’une précarité qui gangrène la société réunionnaise.

Avec un taux de chômage à plus de 35% qui atteint 60% chez les 18-25 ans et avec 40% des familles vivant sous le seuil de pauvreté, la dépendance au « petit boulot » est bien devenue un modèle politique. Le clientélisme est roi, les municipalités, les assemblées territoriales divisent les contrats en réduisant toujours plus leurs durées.

Les plus démunis, les plus fragiles sont soumis au bon vouloir de ces élus qui distribuent ces contrats en guise de maintien de paix sociale. La peur de ne pas obtenir de contrat ou de ne pas être reconduit dans son contrat paralyse bien des velléités de luttes sociales. Le rapport au maître prend d’autres couleurs, la société de la peur et de la soumission perdure.

Pour tenir cette société marquée par l’injustice sociale, police et justice sont donc déterminantes pour son maintien. L’origine sociale des détenus en sont la preuve. L’appellation « justice macro » du temps des grands mouvements populaires de la ville du Port n’a sans doute pas perdu de sa pertinence aujourd’hui.

Cette justice continue de contraindre les forces sociales qui seraient trop insurrectionnelles (Gilets jaunes) et protège avec zèle les intérêts commerciaux de ceux qui profitent d’exclusivités, de monopoles ou d’ententes commerciales voilées.

La justice de classe est toujours à l’œuvre. La difficulté à intégrer la langue créole dans les tribunaux en est d’ailleurs une illustration, comme elle l’est dans le système éducatif qui en restreint toujours la diffusion et réduit d’autant les chances d’émancipation des jeunes générations.

De fait, la démocratie locale est quasi-inexistante l’action politique se limitant aux seules élections où le clientélisme prend le pas sur le débat d’idées. La démocratie directe et participative devrait être mise en place en particulier dans les agglomérations qui en ont l’obligation par des conseils citoyens mais en fait ces derniers sont privés de toute capacité à agir ou sous l’emprise des municipalités, quand ils ne sont pas tout simplement oubliés.

Le puissant mouvement des Gilets jaunes de novembre 2018 qui a bousculé La Réunion pendant plusieurs semaines a été l’occasion d’une expression populaire sans précédent dénonçant ce manque criant de démocratie locale, ce mouvement unique doit trouver son prolongement dans ce que nous construisons aujourd’hui dans nos actions de convergences.

document issu de Atelier du 24 octobre: Manifeste puis remis en forme pour une meilleure lecture.
merci @ValerieP pour la version initiale en PDF

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