Discuter, débattre, polémiquer : pour quoi (faire) et COMMENT ?

Le philosophe présocratique Héraclite d’Ephèse, dit l’Obscur car souvent difficile à interpréter, est régulièrement cité pour le « fragment » suivant (on parle de « fragment » car son oeuvre n’a pas été conservée) :

« Le combat est père et roi de tout. Les uns, il les produit comme des dieux, et les autres comme des hommes. Il rend les uns esclaves et les autres libres. »

On a beaucoup écrit à ce sujet et l’excellent article ci-dessous donne une bonne idée de tout ce qui est ici en jeu et qu’il n’y a pas lieu d’évoquer à présent.

https://www.philolog.fr/heraclite-polemos-est-le-pere-de-toutes-choses/

En effet, si j’ai rappelé la citation d’Héraclite ici, c’est seulement pour pointer… ce qu’elle ne dit pas et qui, dans une certaine mesure, crève les yeux (de sorte qu’il est étonnant de ne pas en trouver trace dans les commentaires savants qui en ont été faits).

Ce qu’Héraclite ne dit pas et qu’il laisse à l’entendement de chacun c’est le fait tout simple et même évident que ce n’est pas le combat lui-même qui a un tel pouvoir d’engendrement de la réalité, c’est sa conclusion, c’est-à-dire, la victoire, d’un camp ou de l’autre.

Il y a à cela une bonne raison : c’est le fait qu’une fois la victoire établie, c’est-à-dire, reconnue par les deux parties, un consensus apparaît qui est la véritable et authentique source de la réalité décrite par Héraclite : « Les uns, il les produit comme des dieux, et les autres comme des hommes. Il rend les uns esclaves et les autres libres ».

Je ne cherche pas à faire de mauvais procès à Héraclite mais il ne faut pas s’y tromper, même si le combat est la condition sine qua non de la victoire, c’est bien de celle-ci, de la soumission de l’adversaire et donc du consensus ainsi obtenu que découle notre réalité. De fait, quand le combat n’est pas achevé, il est non seulement stérile mais ravageur, c’est-à-dire, destructeur au possible.

Tout ça pour dire que, dans le combat comme dans la discussion, le débat, la polémique (du grec polemos, justement le mot employé par Héraclite qui signifie combat), ce qui importe c’est de parvenir au consensus final qui mettra tout le monde d’accord après une victoire acquise de haute lutte mais dont la principale valeur viendra de l’accord qu’elle amène entre toutes les parties et, donc, de la réalité nouvelle qu’elle fera ainsi émerger.

Le problème avec les discussions, les polémiques, les guerres comme les grèves, c’est qu’on sait très bien les commencer (au premier différend sérieux) mais on sait rarement quand et comment les arrêter.

Ce que je voudrais ici, c’est dégager les pratiques implicites sous-jacentes au débat afin de les organiser au mieux et faire en sorte qu’elles contribuent au dégagement de points d’accord plutôt qu’elles amènent à tourner en rond dans une suite infinie d’escarmouches qui ne manquent jamais d’intérêt mais manque toujours la cible, c’est-à-dire, l’objet principal du débat qui est… de trouver à s’accorder.

Voilà c’est seulement une entrée en matière que vous pouvez d’ores et déjà commenter mais qui est destinée à se trouver complétée très rapidement.
Merci d’avance pour vos contributions.

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