Déni cosmique

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On parle beaucoup en ce moment du film « Don’t Look Up. Déni cosmique » diffusé sur Netflix. Le casting est superbe avec, entre autres, Jennifer Lawrence, Leonardo DiCaprio, Kate Blanchett et Meryl Streep.

C’est l’histoire des deux scientifiques découvreurs d’une météorite qui va prochainement percuter la Terre avec pour conséquence la destruction de toute vie humaine. Ils font de leur mieux pour amener leur gouvernement à agir en conséquence mais la tâche n’est pas facile tant, à tous les niveaux des médias et de la politique, chacun est empêtré dans ses petites habitudes, son narcissisme et ses intérêts égoïstes.

Le film est très apprécié en tant que dénonciation du laissez faire des politiciens vis-à-vis des nombreuses menaces écologiques actuelles mais ce n’est pas en cela qu’il est le plus intéressant.

Ce film me paraît surtout une magnifique illustration de ce à quoi a mené la modernité en tant qu’entreprise de mise à l’écart systématique de l’ordre religieux. Depuis la Renaissance, les hommes ont fait de l’Homme leur priorité et leur étalon de valeur. Le divin a progressivement perdu sa place dans les affaires humaines jusqu’à ce que l’ère des révolutions amène une complète mise à l’écart et, surtout, un activisme anti-religieux radical destiné à éradiquer l’idée même de Dieu dans l’esprit humain.

Tout a été systématiquement « naturalisé », biologisé, mécanisé par la science, les médias et le monde politique de sorte qu’il n’y a plus de transcendance : tout est à l’horizontale, tout est issu de la matière, tout provient de la nature. Ainsi, chacun va pensant et répétant « mon cerveau fait ceci, mon cerveau fait cela » de sorte que tous se retrouvent « naturalisés », c’est-à-dire, dépossédés de leur être, de leur esprit, se réduisant eux-mêmes à la conception économique de l’humain : celle d’automates biologiques rationnels cherchant à maximiser leur jouissance et autres bénéfices.

C’est exactement cela que donne à voir le film Don’t look up : une société à l’horizontale qui, en s’interdisant de facto de regarder à la verticale, a perdu le sens du sacré, le sens des valeurs et, surtout, celui de leur hiérarchie. De sorte que tout se vaut et, par conséquent, rien n’a de valeur hormis ce qui via les médias et les réseaux sociaux, se trouve être l’objet des vogues ou des modes qui polarisent mimétiquement et momentanément l’attention de foules hédonistes autant que moutonnières.

Ceci est particulièrement vrai de nos sociétés occidentales dont c’est peu de dire qu’elles ont perdu leur orient. Nous allons à la catastrophe ou plutôt nous sommes dans la catastrophe, mais avec le « cerveau lessivé », l’œil torve et l’automatisme mental poussé au maximum. Nous obéissons à la propagande qui nous dit quoi penser et, à coup de « fact-checking », nous dissuade de penser dans la marge, de sorte que nous suivons docilement le troupeau qui va à l’abattoir en rang serrés, la tête baissée, oublieux des étoiles, oublieux de la verticale.

Nous sommes dans un déni cosmique, c’est-à-dire, un déni de l’ordre imprimé par le divin dans le monde, un déni du divin donc. Nous refusons de lui être soumis. Nous voulons être libres et imbus du sentiment de notre propre puissance, habités que nous sommes par la promesse du serpent : « vous serez comme des dieux ». Nous rêvons de transhumanisme, d’allongement de la vie à l’infini, etc. Nous n’avons plus de limites et c’est normal, nous avons passé les bornes.

Seul un reality shock pourra nous réveiller et amener les nécessaires prises de conscience. Cela se voit très bien à la fin du film quand, au moment crucial, les protagonistes retrouvent le chemin de la prière faite au Père.

Puissions-nous ne pas attendre d’être confronté à pareille extrémité. La pandémie nous offre déjà l’occasion de réfléchir au sens de la vie. Il s’agirait de découvrir qu’elle ne se situe pas toute entière dans l’horizontale, comme si nous étions de simples animaux savants et jouisseurs. L’Homme est censé se tenir debout, à la verticale, avec un esprit habité par la question de ses origines et de son destin.

Ce n’est pas seulement pour maximiser notre jouissance et en faire des selfies que nous sommes sur Terre. Nous sommes supposés rejoindre la grande marche humaine qui, en conscience — mais aussi, de plus en plus, dans la solidarité fraternelle et même la joie — va de l’Alpha à l’Oméga (au sens de Teilhard de Chardin, pas de Gates & Fauci).

Il est terrifiant de constater à quel point nos vies sont devenues étrangères à cette perspective, à quel point nous nous sommes égarés dans ce monde mondain. Si ce n’est pas un signe de fin des temps, ça y ressemble fort. Quoi qu’il en soit, rien de tel que le visionnage du film Don’t look up pour comprendre la misère de ceux qui vivent à l’horizontale sans conscience de ce qu’ils doivent à la verticale, c’est-à-dire, à Dieu. Pour cette raison, ne vous en déplaise, ce film est à voir, absolument !

Je valide l’intérêt de regarder ce film, excellent, drôle et lucide.

En revanche, sur la nécessité de retourner aux croyances religieuses, j’avoue je ne te suis pas @eccolulo. Mon avis est que ce n’est pas parce que tout dégringole qu’il faut devenir nostalgique d’un passé idolâtré. Les médias sont la nouvelle religion du XXIᵉ siècle, il va falloir s’en émanciper. Plus facile à dire qu’à faire.

Le scénario de ce film est absolument déjanté. De rebondissements en rebondissements, j’ai adoré chaque séquence de ce film. Il y a matière à débat…

Euh, je pense que tu veux dire « passé idéalisé ».
Ce qui est « idolâtré » c’est l’argent, le « soi », le succès, les stars, les « idoles » justement.

L’intérêt de ce film est, en particulier, de bien faire apparaître la vanité de notre « idolâtrie » tous azimuts. L’'idolâtrie étant précisément tout ce qui nous détourne de Dieu. Or, c’est à peu près tout ce que la société moderne nous propose : des idoles à gogo qui contribuent à l’éloignement le plus radical possible de Dieu.

Là où ce film est particulièrement formidable c’est, comme je le soulignais, au niveau de sa conclusion : le petit groupe se rassemble, se solidarise dans une prière commune adressée au Père ; ça c’est dur à encaisser pour les athées alors, persévérant dans l’attitude bien stigmatisée par le film, ils regardent ailleurs et surtout pas « en haut » ! :wink:

Je ne reviendrai pas sur la tragique « hypothèse de dieu » en grande partie responsable de l’état du monde actuel. Pour ce qui est du film, j’ai vu la première heure, que j’ai trouvé, en partie pertinente et révélatrice des forces politico-mediatico-liberales face à la science, mais au final je ne pense pas trouver d’intérêts à continuer le visionnage de cette blague occultante. Je n’ai que trop l’appriori, qu’une fois de plus, Hollywood ou la Sillicon Valley nous divertissent sans aborder le fond du sujet : la vraie politique-démocratique, tout en feignant la dénonciation.
Je vous propose plutôt un long article pas super bien construit (ça donne envie) qui à partir de la figure du Shaman Qanon à tête de bison, esquisse l’idée que « complotisme » + « fact-checking » = dépolitisation.

Très pertinent, c’est précisément ça.
Je pense en effet que bombardé d’informations, nous ne savons plus comment prioriser les informations. Parfois, celles qui sont importantes et devant nos yeux n’ont finalement que peu de répercussions.

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Rions un peu : qu’as-tu pour argumenter dans ce sens ?

un bon article de LVSL.
le constat est unanime, c’est un film époustouflant et qui peut servir pour recentrer nos ambitions.

Ça se résume à une longue liste des méfaits accomplis au nom de cette « hypothèse » et je n’ai pas le temps de vous la faire, mais je suis sûre que vous avez quelques éléments en tête.
Essayez de dresser une telle liste clairement associée à l’athéisme ou à l’agnostisme… Rions un peut.

C’est parfaitement réussi. La réponse est comique au possible :
Vous me parlez d’une longue liste de méfaits et vous êtes incapables d’en citer un seul, il vous faut faire appel à MA mémoire. Franchement, vous êtes un artiste dans le genre.

Maintenant, avant que vous essayiez de rebondir (vu que vous avez touché le fond), je vous rappelle que le challenge c’est d’expliquer comment l’état ACTUEL de nos sociétés matérialistes et consuméristes pourrait résulter de l’hypothèse Dieu.

Nous avons accompli le désastre en cours tout seul, en humains humanistes centrés sur leur nombril citoyen avec un regard bien à l’horizontale, sur le dieu Argent, celui dont le président actuel est l’incarnation. ça fait longtemps que le mot d’ordre « don’t look up » est respecté sous les ors de la République maçonnique Française.

Je n’ai pas dis quelle était seul responsable, mais je vois une logique évolution quand aux étapes polythéisme - monothéisme - humanisme - trans/post humanisme. Dans ce sens le monothéisme est l’étape clefs du nombrilisme de nos sociétés.

Personnellement, je ne pense pas que remplacer une religion par une autre (les médias) est une bonne chose, encore moins de revenir en arrière pour rétablir la religion d’origine au prétexte que nous avons tous foiré collectivement.

Il me semble que l’on est au point de basculement où l’humanité doit progresser et oser prendre ses responsabilités => ensemble vers l’anarchie, devenir enfin adulte.

C’est ce que j’ai compris du film « Don’t look up ».
Le concept d’hétéronomie (Dieu ou nos présidents-banquiers) doit être aboli pour enfin passer à l’état d’autonomie (c’est à nous de décider de nos propres lois => comment nous auto-limiter)

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Petite vidéo qui fait penser à une des scènes du film :

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ça fait deux siècles bien tassés qu’on est supposés avoir entamé cette marche vers l’autonomie avec des citoyens qui décident de leurs propres lois.

Comme tu le dis si bien, nous avons tous foiré parce que nous avons cru à cette marche vers l’autonomie qui nous a été vendue par cette élite dont tu décrètes à présent qu’il faut l’abolir.
Sauf que tu n’en a plus les moyens car le contrôle qu’ils ont exercé depuis des siècles et qu’ils exercent encore sur les esprits via les financements, les médias et la censure (morale et autre) fait que nous sommes convaincus que nous allons enfin réaliser le paradis sur Terre grâce à la démocratie en ayant parfaitement oublié que les Grecs qui ont inventé la démocratie étaient croyants et qu’ils voyaient dans la religion l’élément essentiel pour faire tenir ensemble leur société.
Ils n’étaient pas l’idolâtrie de la démocratie et des valeurs de la République.
Ils savaient la valeur du religieux. C’est d’ailleurs pourquoi Socrate a été condamné car il ne respectait pas les rituels. Il menaçait donc la société.
A l’époque, on ne rigolait pas avec les traitres.

Actuellement les traitres criminels gagnent des milliards, ils paient au mieux quelques millions d’amendes et ils soudoient toute la clique politique pour faire que le système qui les faits « comme des dieux » dure indéfiniment.
Voilà, ça, le désastre où nous sommes, c’est l’humain qui s’est détourné de la verticale, de la transcendance du sacré, du religieux, bref, de Dieu.
Note bien que le film Don’t look up ne laisse espérer aucun autre basculement que celui qui va vers l’anéantissement !
C’est très exactement là où nous allons et c’est pourquoi Malraux avait raison : le XXIe siècle sera religieux ou il ne sera pas.

Il a d’autant plus raison que le « gouvernement mondial avec capitale à Jérusalem » (celui que le « conseiller des princes » Jacques Attali appelle de ses voeux) s’adossera certainement à une religion mondiale perçue comme le moyen le plus sûr de tenir la population mondiale unie et en paix. Ils la vendront d’autant mieux que nous aurons frisé l’anéantissement… qui vient !

Enfin je te rappelle que c’était aussi la position des pères fondateurs de la laïcité. Ils voulaient qu’elle soit une religion, d’où leur anti-catholicisme véhément !

Assertion sans l’ombre d’un soupçon d’argument.
Il n’y a aucune raison valable de tenir le monothéisme en tant que responsable de l’individualisme nombriliste de nos sociétés.
Par contre, il y a toutes raisons de voir l’humanisme/post humanisme comme responsable puisque c’est lui qui règne en maître actuellement au point qu’il semble légitime de faire des « guerres humanitaires » (cf. le diable Kouchner et ses séïdes).
Cela pourquoi ne le vois-tu pas ?
Tout simplement parce que tu es endoctriné !
Tu as foi dans ta croyance matérialiste qui, depuis la Renaissance et, surtout la Révolution, a désigné l’Eglise comme l’ennemi.

Pour « emballer » la discussion (au sens d’emballage et pas d’emballement), je reproduis ici le dernier message que j’ai adressé @Lucadeparis sur Agoravox en réponse à ses critiques et dans l’idée de donner un point de vue global qui manquait à l’article ci-dessus.

Voici la réponse que je lui ai faite (légèrement revue et augmentée) :

"@Lucadeparis

Ma précédente réponse ne me satisfait qu’à moitié car je l’aurais voulue très simple, beaucoup plus simple, comme l’article d’ailleurs.

Donc je vais essayer de redire ce qui m’a semblé tellement important parce que tellement éloquent dans le film.

C’est essentiellement le fait que les foules synchronisées sur les tambours médiatiques des « puissances de ce monde » puissent en venir à 1) nier l’évidence (ici une comète qui approche) et 2) se retourner contre tous ceux qui ne marchent pas au son du tambour et qui se voient alors attribuer tous les travers et toute la culpabilité du dysfonctionnement sociétal.

Les affirmationnistes de la comète sont ainsi vus comme tous les « no vax » du covid ou comme les complotistes de tous poils, en tant que des tarés qu’il ne faut pas du tout écouter et avec qui il ne faut pas chercher à discuter.

D’où la désinvolture de ceux qui sont du côté du pouvoir « cognitif » quand il s’agit d’argumenter. Comme les provax ou les debunkers du 9/11 ils se contentent de marteler des trivialités sans regarder là où ça fait mal car ils savent qu’ils jouent sur du velours, puisqu’ils ont les « puissances de ce monde » et les foules moutonnières avec eux.

Cela je pense que tu le vois bien car je sais que tu es en bonne place (girardienne) pour le voir. Mais maintenant je te demande de voir que tu es exactement à la même place que les négationnistes de la comète lorsqu’il s’agit de la question de Dieu.

Tu baignes complètement dans les foules moutonnières de l’ère moderne et postmoderne. Tu es complètement aligné sur l’injonction des « puissances de ce monde » qui, depuis des siècles, poussent à la pensée matérialiste et nous répètent : « don’t look up ».

Tu penses (au moins inconsciemment) te tenir dans un consensus fort et même scientifique de l’athéisme, ce qui t’amène à tenir a priori comme une évidence que Dieu n’existe pas et tu penses pouvoir facilement démonter les arguments que les théistes tenteront de faire valoir.

Tu ne fais pourtant que vérifier tes croyances parce qu’elles vont tacitement de soi dans le cadre du consensus matérialiste actuel et, à ce jeu, forcément tu vas gagner. Tu vas rester avec tes croyances supposément « naturelles ». Et donc tu manqueras de voir que ta croyance matérialiste a été activement promue depuis des siècles par ceux qui sont aux portes du pouvoir mondial. Tu ne feras pas la connexion et pourtant, elle est incontournable pour qui a des yeux pour voir.

Quand cette élite sera officiellement au pouvoir tu comprendras alors que Max Scheler avait raison et que, ayant refusé Dieu, tu as alors suivi une idole, celle de la démocratie, en négligeant le fait que leurs inventeurs grecs étaient tellement croyants qu’ils ont tué Socrate pour non respect des rituels ET, DONC, mise en danger de l’unité sociale indispensable à la paix.

Voilà, désolé, tu ne vas pas aimer, mais je suis plutôt content d’être arrivé à dire ce que je pensais et je suis sûr qu’un certain nombre ici comprendront de quoi il retourne."

Ce que je vois d’abord, c’est que tu t’orientes vers des arguments ad hominem car la soi-disant « preuve cosmologique » ne s’est pas avérée convaincante dans la discussion (elle n’a pas convaincu Emmanuel Kant, je ne crois pas qu’elle est guère convaincu un logicien ou converti beaucoup d’athées). Pourtant une preuve doit avoir cet effet.

Je trouve comparable cette attitude à celle des marxistes qui expliquent les antimarxistes par leur esprit bourgeois, ou ceux qui critiquent la psychanalyse, par leurs refoulements.

Dans cette discussion, tu pensais prouver la réalité de Dieu, et je trouvais cela fort excitant, et m’attendais à une surprise de ta part, mais j’ai été fort déçu de ne trouver que l’éculée « preuve cosmologique ».

Et très vite, tu as plusieurs fois dévié vers l’ad hominem (sans cohérence avec ton invocation fréquente du monde 3 des idées de Karl Popper).

Bref, cette voie ne peut que me confirmer plus vers un besoin de Dieu que vers une réalité de Dieu.

Et de toute façon, je ne crois pas que ce soit cette « preuve cosmologique » qui t’ait fait devenir théiste.

Comparer avec les négationnistes du complot intérieur pour les attentats du 11 septembre 2001, est intéressant, mais ce n’est pas tout (complot) ou rien. Autant j’ai conclu pour ce qui est de ces attentats, ou concernant Coluche, les frères Kennedy ou Martin Luther King, autant je n’ai pas connu de preuve convaincante pour conclure concernant les alunissages humains, les morts de Daniel Balavoine ou Marilyn Monroe.

Je suis prêt à me confronter aux arguments, aux preuves, comme avant-hier où j’étais invité à une réunion sur la transcendance, seul athée, avec un moine catholique, un membre des Pèlerins d’Arès et trois autres personnes plutôt proches de ce théisme.

Bref, c’est la vérité, quelle qu’elle soit, qui m’intéresse, et après on en assume les conséquences quant à notre vie. Dans le cas de l’existence de Dieu, cela ne changerait pas grand-chose à mes orientations morales, et même je pense que cela me faciliterait la vie. Je ne trouve cela juste pas crédible.

Invoquer le cas de Socrate versus la démocratie est très intéressant.

Ce qui est d’abord amusant, c’est que parmi les trois accusations envers Socrate, une était de ne pas reconnaître les dieux de la cité (être impie), et la deuxième d’en introduire de nouveaux. Bien sûr, une condamnation à mort pour de tels (mé)faits me semble indéfendable, mais comme de nommer « démocratie » une société qui exclut comme citoyens les femmes et les esclaves.

Quant à la démocratie dans ce procès, elle consiste en un tirage au sort des jurés (ce qui assure une certaine indépendance, par rapport à une corporation professionnelle, avec ses accointances de classe, d’ordre ou de caste), et un temps égal de l’accusation et de la défense ; or, Socrate a préféré ne pas se défendre, mais raconter sa vie…

D’ailleurs, le principal accusateur de Socrate, Anytos, était un riche politicien, opposé aux sophistes dont tu faisais l’éloge il y a quelques jours…

Bref, je ne vois pas trop où tu veux en venir, à ce qu’une théocratie soit préférable à une démocratie ? Catholique j’imagine, pas judaïque ni musulmane. Ton espérance est-elle de convertir au catholicisme toute la planète, des Chinois aux Indiens ?

Après, si la démocratie est préférable à une oligarchie, comme ce qui satisfait tous est préférable à ce qui satisfait une majorité ou pire une petite proportion, les humains restent les humains, même sous couvert d’une théocratie. Cornelius Castoriadis insistait sur la démocratie comme société autonome, les humains se faisant leurs règles, et tu voudrais nous désigner une hétéronomie tombée du Ciel, remplaçant l’hétéronomie capitaliste.

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Désolé d’avoir déçu tes attentes.
Je ne vais pas répondre à chacune de tes arguties, ça n’aurait aucun intérêt.
Ce qui me semble le plus judicieux, c’est de reproduire ici la réponse que je viens de faire à ton dernier message sur Agoravox (en pensant qu’il laissait mon précédent message sans réponse, faute d’avoir vu celle postée ici) :

"@Lucadeparis

La question est bien celle du constructivisme social vs réalisme.

Le réalisme est le mode « naturel » de pensée de l’humain puisqu’il consiste à dégager des causes qui sont autant de choses jugées réelles, en tant, précisément, qu’elles sont causes.

Nous faisons ça depuis l’origine de l’humanité avec l’invention du sacré et nous le faisons TOUJOURS sur la base de consensus qui, de manière mimétique, attribuent la causalité ici ou là.

Ce que j’ai essayé d’expliquer dans mon dernier message (6 janvier 12h54) que tu t’es empressé de négliger pour t’attacher à des détails sans importance alors que je te questionnais directement, c’est qu’en raison d’une prise de pouvoir des « forces matérialistes » sur les mentalités depuis que l’Eglise a commencé à se « compromettre » avec les « puissances de ce monde » (essentiellement pour des raisons financières depuis la Renaissance), les représentations collectives au pouvoir sont matérialistes et c’est donc la logique du pouvoir que tu déroules à l’insu de ton plein gré (en dépit de ta croyance en la rationalité de ta pensée). Je ne vais pas reproduire ici ce que j’ai écris juste au-dessus, je t’invite à la relire.

Je n’ai donc pas, en effet, avancé de nouvel argument théiste puisque je t’explique pourquoi c’est inutile, pourquoi étant dans le consensus dominant, tu resteras sourd à mes arguments comme les debunkers restent sourds aux arguments des truthers alors que les deux prétendent être dans la pure rationalité argumentative.

Ce qu’il faut admettre ici, je crois (c’est une invitation, pas une démonstration) c’est que nous n’avons, de part et d’autre, qu’une rhétorique plus ou moins efficace qui ne convaincra que les convaincus d’un bord ou de l’autre. Exactement comme toi qui penses être dans la rationalité et la vérité vis-à-vis de debunkers du 9/11 que tu sais être sourds et aveugles en lisant leur prose, je pense moi être dans la rationalité et la vérité vis-à-vis de toi qui appartient au consensus matérialiste des dominants.

Je ne m’attends donc pas à ce que tu fasses le « quantum leap » de la foi pour admettre inductivement (de manière pas vraiment logique donc) qu’il y a une réalité au-delà du monde phénoménal. La réalité tu te satisfais de la rabattre directement sur ce monde phénoménal avec des petits arrangements de la pensée causale qui te permettent de trouver une place confortable dans la Weltanshauung matérialiste, scientiste et passablement new age de nos sociétés occidentales post-modernes.

Donc, oui, en effet, la question est bien celle du constructivisme social vs réalisme et tu sais que je me situe sur cette ligne de crête depuis ma thèse.

J’ai d’abord penché pour une interprétation du constructivisme qui était « déconstructrice » au sens où je disais : « c’est une construction sociale, donc ce n’est pas une réalité » (par exemple, la volonté, l’agence) jusqu’à ce que je comprenne que le raisonnement contraire est tout aussi vrai : c’est une construction sociale qui fait consensus donc c’est une réalité que nous validons à chaque instant puisque c’est le lieu que nous « habitons » et à partir duquel nous nous inscrivons dans des relations qui nous valident en tant que tel.

Tu crois comme moi à ta volonté, à ton agence, etc. Tu fais donc à ce niveau le saut de la foi inductiviste (via un consensus attributionnel vu dans le miroir social) mais tu refuses de le faire pour Dieu. Là est l’incohérence.

Pour ma part, ayant admis qu’il était vain d’être dans la posture provoc de négateur de la réalité de la volonté et de l’agence (parce que construites mimétiquement), ayant admis la réalité d’icelles, j’ai reconnu que je devais logiquement avoir la même posture vis-à-vis du plan divin (auquel j’étais resté croyant de sorte que venir à cette conclusion ne posait aucune espèce de difficulté, bien au contraire).

Tel que je le vois, le constructiviste « conséquent » fait dans l’auto-organisation, il CROIT en l’idée d’émergence, il admet l’idée que l’idée qu’au cours de l’évolution ont émergé la conscience, le soi, l’agence, la volonté, etc. qu’il tient pour des réalités et, par conséquent, il admet rétroactivement la réalité du divin qui a émergé AVANT les premières.

L’idée matérialisto-évolutionniste d’un processus uniquement bottom-up est une naïveté adossée à une conception linéaire de la causalité.
Dès que la causalité est circulaire, on doit penser ledit processus d’émergence comme inscrit dans une double direction bottom-up et top-down (la fameuse (ou pas) « downward causation »).
Nous avons donc une dualité au sein même d’un monisme… du cycle, que je défends.
C’est pour ça que je peux conserver le sentiment d’une cohérence intellectuelle qui ne cesse d’ailleurs de s’étendre puisque je peux dorénavant inclure dans ce tableau la Trinité et même l’Incarnation, grâce, bien sûr à la théorie sacrificielle de René Girard."

Il y a ici une intéressante question de fond qui permet de prendre de la hauteur donc je m’y attelle.

D’abord, je ne vois nul besoin d’une théocratie.
Je te rappelle que la France n’a jamais connu de théocratie, je ne vois pas trop pourquoi tu évoques ça. Force m’est de supposer que tu es, à l’insu de ton plein gré (faute d’avoir accompli ton devoir d’inventaire), héritier de siècles d’anticléricalisme et que tu reprends donc très exactement (et en toute ignorance du fait) le langage des « puissances de ce monde », celles qui font la guerre à toute la terre en voyant des terroristes partout et, en particulier, chez les théocraties qui sont l’ennemi par excellence. ça n’a l’air de rien, ça a l’air de la belle et bonne rationalité athée, mais cela revient à hurler avec les loups sans même le savoir. Désolé d’avoir à y insister.

La question politique, j’avoue l’avoir assez peu investie mais disons que l’intervention de Soral à un colloque royaliste m’avait fait découvrir le fait qu’avoir pour chef un « lieu-tenant » du Christ comme l’était le roi de France pouvait être quelque chose d’idéal. Soral s’était alors affiché tout prêt à devenir roi de France et loin de me choquer, j’avais trouvé ça sympathique sauf que je ne le crois pas assez croyant pour cela.

Je te propose donc une autre image de ce qui (sous réserve d’une réflexion approfondie que je n’ai pas faite) me paraîtrait souhaitable et, en tout cas infiniment préférable aux aristocraties électives dans lesquelles nous vivons (et que je te remercie de m’avoir fait découvrir en tant que telles) : celle de Poutine qui est un homme fort authentiquement croyant avec des valeurs fortes elles-aussi qui lui ont permis de relever la Russie du désastre dans lequel l’avait plongée la soumission de ses gouvernants précédents « aux puissances de ce monde » supposément démocratiques auxquelles toi aussi tu es soumis par certains côtés (je confesse l’avoir aussi été mais disons qu’à présent, je travaille en conscience à ne plus l’être).

Poutine est au service de la transcendance à laquelle la Russie orthodoxe est restée attachée et qui axe cette nation sur la verticale dont je parle dans cet article.

Si un Poutine se présente en France, j’espère le reconnaître. Et quand je dis ça, j’ai bien conscience de la brutalité épouvantable dont il a pu faire preuve dans l’épisode de la seconde guerre de Tchétchénie. Je ne l’absous pas ni ne le condamne. Je ne suis pas en position de faire ni l’un ni l’autre.
Mais je note qu’il a réussi à instaurer la paix en Tchétchénie et à obtenir et la confiance et le soutien actif de ses dirigeants. Donc je dis chapeau !
Sa brutalité peut s’expliquer, au moins en partie, par le fait qu’il devait lutter (toujours-déjà) avec les menées de l’Empire anglosioniste, et c’est la même chose qu’avait dû faire Staline pour l’URSS.

Pour la question religieuse mon espérance est bien de convertir à la Trinité et à l’Incarnation, bref à l’Eglise du Christ (je précise pour bien faire crisser les oreilles de petits diables qui écoutent ;-)) en faisant apparaître sa nécessité systémique, cad, le fait qu’il était la voie de passage obligée (et écrite de toute éternité) sur le chemin qui va de l’Alpha à l’Oméga.

Peut-être un jour comprendras-tu cela ?

Je comprends que lorsque tu prétends prouver la réalité de Dieu avec la « preuve cosmologique », tu es réaliste, car ton Dieu serait réel indépendamment des humains, et non construit par les théistes. Où alors il y aurait du constructivisme dans le fait que Dieu serait aussi construit dans la causalité circulaire ?

Tu peux toujours invoquer mon conformisme quant à l’athéisme, mais je n’étais simplement pas logiquement d’accord avec ton raisonnement en huit assertions. Je ne crois pas que ce soit assimilable aux attentats du 11 Septembre, avec des milliers d’éléments, d’analyses et témoignages contradictoires.

J’ai conscience de la difficulté de communiquer par exemple avec des anticomplotistes, surtout parce qu’il y une énorme quantité de données cumulée par nous qu’ils n’ont pas. Le formatage que j’ai vu chez des médecins fait que certains peuvent contester la version officielle du 11 Septembre mais ne pourront pas contester celle de la causalité virale de sidas.

Je peux voir aussi avoir une autre difficulté de communiquer avec des ultra-complotistes qui propagent n’importe quelle publication erronée, biaisée, non sourcée, ou non étayée, ou sans élément de preuve.

D’autre part, tu me fais une fausse attribution car je suis certain « qu’ il y a une réalité au-delà du monde phénoménal », comme je l’avais déjà écrit (choses en soi, noumènes).

Par ailleurs, tous les phénomènes paranormaux (dont ce que j’ai vécu comme transcommunication instrumentale) font que la science, avec son paradigme dominant scientiste matérialiste étroit, éliminant des témoignages comme elle l’avait déjà fait (par exemple à propos des météorites, des neiges équatoriales ou des vagues scélérates), est insatisfaisante pour moi, et est faite par les dominants pour continuer de dominer. Donc je suis ouvert à autre chose.

En tout cas, tu confirmes que ton théisme est bien antérieur à la « preuve cosmologique », et que donc que tu es dans ce paradigme actuellement non dominant socialement, cette habitude, depuis longtemps. La « preuve cosmologique » apparaît dans ce paradigme comme ce que Kuhn nommait la science normale après une révolution scientifique : une sorte de confirmation, de confortation, un peu comme la création de nouveaux épicycles afin de rester dans le paradigme géocentriste. Mais peut-être pourrais-tu me guider vers des textes plus convaincants. Peut-être réuniras-tu toi-même tes conceptions dans un ouvrage global.

Tu écris que je crois en ma « volonté », mon « agence » : il s’agit que j’ai des désirs (causés par imitations, par besoins ou autres) qui deviennent, par confrontation des représentations, des souvenirs, etc., des intentions causant des actions. Quel est le rapport avec « Dieu » et quelle serait « l’incohérence » ?

En quoi l’apparition sur une planète de « la conscience, le soi, l’agence, la volonté, etc. » devrait faire « admet[tre] rétroactivement la réalité du divin qui a émergé AVANT les premières » ?

Je ne comprends certainement pas bien ton dernier paragraphe sur la causalité circulaire, mais je crois comprendre que puisqu’il y a la matière et l’esprit dans l’évolution de la vie, et que l’esprit, la conscience causent des réalités physiques (causalité du « haut » vers le « bas »), l’esprit devrait déjà exister partout et toujours là où il n’y aurait pas encore l’évolution de la vie. Je ne vois pas là d’élément nécessaire.

Il semble aussi que tu conclurais que les meilleurs temps sont ceux du Moyen-Âge avant la Renaissance, lorsque la théologie chrétienne dominait, et avant que la ploutocratie advienne.

La France était une royauté, une aristocratie de guerriers (voire une voyoucratie de la violence, surtout aux débuts), liée au clergé chrétien depuis le baptême de Clovis, et à partir de la guerre de Cent ans, où le roi avait besoin de se légitimer, une « monarchie de droit divin », son autorité ne venant ni de l’Eglise, ni du peuple, mais de Dieu (comme encore le pape).

Elle est devenue une eugénocratie (une sorte d’aristocratie affaiblie, la souveraineté du bien né, du mieux né) qui repose un peu sur la loterie de la naissance et de la jeunesse, les rois étant plus ou moins aptes selon les générations, et de moins en moins guerriers eux-mêmes.

On peut considérer qu’ils avaient le devoir d’assurer la subsistance du peuple (contre la libéralisation du prix des grains et farines de la ploutocratie conquérante contre lesquelles Louis XV et Louis XVI n’ont pas su ou pas pu résister).

C’est étrange que tu me qualifies d’« héritier de siècles d’anticléricalisme » reprenant « le langage des « puissances de ce monde », celles qui font la guerre à toute la terre en voyant des terroristes partout », pour ensuite faire l’éloge de Poutine qui a fait cela, voulant les chasse.

Penses-tu que les attentats qu’il a commis en 1999 pour assurer sa réélection, faire une unanimité pour lui contre les Tchétchènes à qui il a fait la guerre ensuite, était des sacrifices humains justifiables pour ce que tu en écris ? Il a d’ailleurs été le premier chef d’Etat à soutenir George Bush lors des attentats du 11 Septembre dans une lute commune contre le terrorisme islamiste… (Dans la peau de Vladimir Poutine, https://youtu.be/zqOBCj7FmNY?t=3374 jusqu’à 1h08mn).

Ceci dit, je ne renie pas le courage ou la force de Poutine pour avoir relevé la Russie après la décennie d’ultralibéralisme ploutocratique vendu à l’atlantisme, avec la misère, les disettes du peuple, lors de la présidence Eltsine, et je le considérais comme l’humain le plus puissant de la planète jusqu’à la présidence de Xi Jinping, mais j’aurais du mal à relier cela avec du théisme, comme j’aurais du mal à faire de même quant à Staline pendant la guerre aux nazis.

« la paix en Tchétchénie » avec comme président un criminel comme Ramzan Kadyrov peut faire penser à la paix dans n’importe quelle dictature. Après, on peut faire le calcul que cela aurait été pire avec les manoeuvres subversives des atlantistes (comme en Lybie, en Syrie, etc.). Cela pose la question du sacrifice et mieux invoqué comme ennemi du bien.

Peut-être un jour comprendrais-je tout cela. Je suis curieux. Je comprends déjà pour le Christ et la révélation sacrificielle.